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L’oeil de Sjømann

Défense des blogs

Pour en finir avec une certaine image des blogs

vendredi 2 avril 2004, par Marin Dacos

On a beaucoup glosé sur les blogs. Qu’on se le dise, un blog n’est rien d’autre qu’un site web, animé par une personne seule ou par un groupe, à l’aide d’un outil simple et dont les articles (les « posts » ou « billets ») sont classés dans leur ordre de publication. Il est des blogs comme des livres : il en existe de toutes sortes, de tous niveaux, de toutes tonalités. Ce qui importe, ce n’est ni le nombre de blogs vivants ou morts, ni le fait que les hommes politiques se lancent dans les blogs parce que c’est à la mode, ni la durée de vie des blogs.

Revenons à la définition initiale du blog : un carnet de bord, rédigé par un individu, qui raconte ses affres sentimentaux, des épisodes amusants de sa journée ou prend des positions politiques personnelles (parfois sous pseudonymes). Et à la finalité du blog : nourrir l’échange. Beaucoup diront qu’on nourrit le bruit, encore du bruit, toujours du bruit. Encore quelques milliards de pages que personne ne lira.

Inutile de dire, et de répéter, que le blog chez Skyrock ou chez Skynet, c’est -contre toute attente- le retour en force de l’écrit. De l’écriture et de la lecture. Une furieuse et insatiable passion de l’écriture. Où l’on se rend compte que les styles sont disséqués, perçus, ressentis. Où il ne s’agit pas seulement de transmettre une information, mais également une sensibilité, un point de vue, une personnalité. Au-delà de ce phénomène majeur, qui sanctionne un rapport renouvelé à l’écrit, l’émergence fulgurante des blogs est plus encore marquée par un autre mouvement : la naissance d’une nouvelle forme de convivialité.

Comment ? Des Minitelleurs rivés sur leurs écrans, boutonneux et blafards, fuyant le monde pour le repaire rassurant que leur procure un clavier AZERTY et un écran LCD plus ou moins flambant, ces Geek reclus dans leurs studios suant la solitude et l’incapacité à vivre dans la vraie vie, auraient-ils une sociabilité ? Ne sont-ils pas perclus d’onanisme et cantonnés aux blagues d’informaticiens ?

Et pourtant. Et pourtant, il y a un bien une sociabilité blogueuse. D’abord, une sociabilité électronique. Un ensemble de liens qui se tissent, de gens qui se lisent, régulièrement, très régulièrement. Des gens qui syndiquent leurs contenus, pointent vers un billet qui les a touchés, signalent une radioblog particulièrement riche, se lancent dans des aventures d’écriture à 4,6,10, parfois 20 mains. Avec des gens qui se serrent les coudes, qui partagent, qui échangent, qui se lient, puis se délient, en public, souvent en privé. De petits groupes se constituent ainsi, aux contours variables, dont chaque individu est à la fois le centre et le maillon, composant une chaîne humaine plutôt sympathique et proche de celles que l’ont peut rencontrer dans le monde réel.

Ensuite, une sociabilité en chair et en os. Parce que les blogueurs aiment se rencontrer. En tête-à-tête, parfois. En réunion, aussi. Des apéro-blog, il y en a souvent. A Paris, à Lyon, à Marseille. Les gens se rencontrent, se découvrent, se détestent, s’apprécient, se revoient, ne se revoient jamais, sans rancune. On connaît des histoires d’amour entre blogueurs, certaines se sont achevées, d’autres durent encore. On connaît des amitiés, des inimitiés, des disputes, des partages.

Bref, au fond, toutes choses qu’on trouve dans la vraie vie. Bien sûr,on n’oubliera pas le syndrôme de la troupe amorphe et bêlante, illustré par les stupides classements par blog préféré et les dons de « bonbons » chez 20six, l’hébergeur de blogs le plus grégaire et le plus malin de France [1]. Bien sûr, il y a les commentaires sur les posts, rarement malins, fréquemment creux, parfois même transparents d’insipidité. Bien sûr, on n’oubliera pas les pseudo-artistes qui se construisent une petite cour pour se convaincre de leur génie ; les gros malins qui pensent qu’en se présentant comme serial-lover, ils pourront agrandir leur tableau de chasse ; les rigolos qui n’ont rien à dire ; les dépressifs qui ressassent pendant dix ans la même névrose autocontemplative. Bien sûr, on ne les oubliera pas, parce qu’eux aussi font partie de la vie, blafarde et lumineuse à la fois, que nous vivons tous les jours hors de nos écrans.


[120six
Extrait du contrat liant un blogueur avec 20six :
« Les Données Communiquées par un Utilisateur octroient de façon irrévocable à 20six une licence gratuite et non exclusive, dans le monde entier et pour la durée des droits telle que définie par le Code de la propriété intellectuelle, lui permettant (i) de les utiliser (entièrement ou en partie), (ii) et, plus généralement, de les multiplier, modifier, adapter, reproduire, publier, traduire, propager, réaliser, représenter, et/ou d’intégrer le contenu concerné dans d’autres oeuvres, medias, ou technologies, sur tous supports, dans le respect des lois et règlements en vigueur. »

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