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E-book et Cybook : économie de l’abondance contre économie de la rareté

lundi 3 avril 2000, par Pierre Mounier

L’un
est en plastique bon marché, plutôt petit et maniable
et ressemble à l’ardoise magique de notre enfance, l’autre
est lourd, adopte un grand format et cache ses courbes gracieuses
dans un écrin de cuir. L’un coûte environ 1500 francs,
l’autre 5900... Deux e-book, deux conceptions radicalement différentes
du livre.

  • REB1100=RER8h40

Construit
par RCA, la filiale
de Thomson, le Rocket Ebook de nouvelle génération (REB
1100) se veut passe-partout, le moins cher possible et simple d’utilisation.
Pour ce qui est des contenus, il s’appuie sur le système ebook
de Gemstar.
Cette société a récemment fait la une de l’actualité
technologique en achetant le pionnier 00h00.com. C’est donc par le
biais du premier éditeur français tout numérique
que se fera d’ici la fin de l’année la distribution des premiers
titres au format ebook pour ce qui est de la France. A voir le catalogue
des titres anglo-saxons proposés par Gemstar, on comprend vite
que l’objectif est d’atteindre l’équilibre par une distribution
de masse : tous les best-sellers y sont, de King à Ludlum en
passant par Highsmith. On est ici dans la grande distribution, le
tout-venant et le large public. Le REB
1100
a toutes les chances de devenir l’e-book du métro
de 8h40 (ou 17h35 selon les goûts) : il est laid, désagréable
au toucher, mais terriblement pratique pour consommer en masse de
la littérature jetable, sans compter les économies sur
l’achat des textes, si du moins 00h00.com maintient sa politique de
prix (les éditions numérisées sont vendues environ
50% du prix de vente papier)

  • Cybook  : le Concorde de l’ebook

Avec
le Cybook de Cytale,
on change d’univers. La société franco-française
patronnée par Erik Orsenna ne connaît que la Littérature
avec un grand " L ". Pas question d’enlaidir la typo avec
des effets d’escalier : un écran 10 pouces pour une résolution
de 800x600, un format propriétaire - CytalePage
permettant un agrandissement des polices sans déformation sont
autant d’éléments conduisant à une incontestable
réussite technique. Il reste que la politique commerciale de
Cytale positionne son produit sur le haut de gamme. De l’aveu même
de ses dirigeants, le Cybook
ne s’adresse qu’à une petite minorité de lecteurs :
malvoyants, expatriés, très gros lecteurs (fortunés).
Par ailleurs, le prix de vente des ouvrages numérisés
est le même que leur corollaire papier...Autant dire que la
viabilité économique de l’entreprise est loin d’être
assurée : le lecteur ne fait pas d’économie en achetant
ses romans numérisées et perd malgré tout le
plaisir de l’objet-livre. Relativement volumineux et lourd (près
d’un kilo), il peut contenir l’équivalent de trente livres
de 500 pages. Il reste que les aficionados de Balzac qui se promènent
avec la Comédie humaine dans leur sacoche ne sont pas si nombreux.
Plus profondément, les choix qui ont présidé
à la commercialisation de ce produit semblent difficiles à
comprendre : si on se situe dans l’optique du livre comme objet de
prestige, et tout indique que Cytale se situe dans cette optique (le
prix, la pub, le
site
où l’on ne clique pas mais on " appuie "),
alors tout ebook, quelles que soient ses qualités intrinsèques
est disqualifié au profit du " vrai livre " dont
la destination dernière (et quelquefois première) est
de prendre tranquillement la poussière sur les rayonnages de
la bibliothèque du salon, témoin silencieux mais néanmoins
obvie de l’immense culture de son propriétaire légitime.
Conclusion : le cybook est beau, réussi, impeccable, génial,
mais ne se vendra sans doute pas ; un Concorde de l’ebook en somme