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L’oeil de Sjømann

L’hérésie des cd audio protégés contre la copie numérique

mercredi 12 novembre 2003, par Marin Dacos

Depuis plusieurs semaines, les éditeurs de disque publient des CD audio protégés par des procédés empêchant (en théorie) la copie numérique des pistes. Outre le fait que cela n’empêche nullement la copie audio de ces mêmes pistes et n’empêchera jamais une copie numérique par des procédés détournés, cette pratique pose des problèmes évidents. La FNAC signale d’ailleurs sur son site web que « Ce dispositif peut entraîner des difficultés de lecture sur certains ordinateurs, autoradios ou lecteurs DVD, la diversité des lecteurs rendant impossible de lister précisément ces équipements. Si vous rencontrez ce problème, nous nous engageons à vous reprendre et à vous rembourser le CD acheté sur Fnac.com, dans les 15 jours qui suivent la livraison de votre article. » Merci Monsieur Fnac, mais mon nouveau et superbe CD de Keren Ann, Not going anywhere, protégé comme il se doit par l’infâme procédé, impose l’installation d’un logiciel sur Windows (avec redémarrage). Sur certains XP, j’ai même noté qu’il imposait un redémarrage à chaque insertion du CD concerné (les goûts et les couleurs ne se discutent pas, il est vrai).

Marchera-t-il dans dix ans sur les systèmes d’exploitation du futur ? Pourquoi n’est-il lisible que sur un autoradio sur deux ? Et si j’achète dans 18 mois une Opel Corsa III blanche à motorisation diesel, est-ce que la FNAC me remboursera l’album s’il ne peut être écouté sur le lecteur de cette automobile ? Peut-être, à l’avenir, choisira-t-on son système d’exploitation ou sa voiture en fonction d’achats musicaux datant d’une ou deux décennies ? Peut-être la régression que constitue cette formidable usine à incompatibilités a-t-elle échappé aux maisons de disque ? La babélisation de l’univers de la musique n’est-elle pas, plutôt, l’évidente démonstration du peu de considération accordée par les maisons de disques à leur production musicale ? Cette industrie qui produit des CD à lisibilité provisoire et aléatoire pense donc que son métier consiste à concevoir des objets de consommation éphémère, adaptés à une écoute jetable et au renouvellement complet une fois par an des discothèques, matériels, logiciels et supports. Il semble que nous ayons été confondus avec des adolescents victimes de la mode et du matraquage des radios à quatre-chansons... Enfin, cela signifie-t-il définitivement que je n’ai pas le droit de faire une copie du CD que je viens d’acheter afin d’en préserver l’intégrité, face aux menaces de manipulation d’un neveu ou d’un fils particulièrement remuant ? Décidément, le « piratage musical » a de beaux jours devant lui puisqu’on est vraiment moins embêté en téléchargeant de la musique sur des systèmes « peer to peer » (P2P) que lorsqu’on fait chauffer sa carte bleue à la Fnac du coin... Ca vous apprendra à acheter un CD de Keren Ann...

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