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L’oeil de Sjømann

La fin des encyclopédies gratuites en ligne ?

jeudi 11 décembre 2003, par Marin Dacos

On a connu la période des encyclopédies vendues par centaines de milliers de copies sur CD-Rom. Justification culturelle de l’achat d’un ordinateur, probablement peu ou pas utilisée. C’était la grande époque des bénéfices mirobolants et du « savoir pour tous » grâce à ce support si universel que semblait être le CD.

Puis vint le temps des vaches maigres. Et la mise en ligne, sous forme gratuite, des grandes encyclopédies (Hachette, Microsoft, etc.). L’investissement étant largement amorti, l’ensemble était mis au service d’un nombre de portails (comme www.voila.fr ou www.club-internet.fr) avides de disposer de contenu pour attirer et fidéliser l’internaute. Cela a duré quelques années. Nous entrons dans une nouvelle phase. Les portails pensent probablement que la répartition des forces en présence s’est stabilisée et qu’il faut augmenter le rendement financier des sites. Qu’à cela ne tienne : les gens ont pris l’habitude d’avoir un service gratuit, on va progressivement le passer en payant.
L’expérience désastreuses des accès payants mal calibrés ayant été intégrée, Voila.fr fait un effort : l’offre coûte 1,69€ pour une journée et 3,5€ pour un mois. Astucieux, car la vente à la journée est largement plus adaptée à un travail concret que la vente à l’unité, extrêmement laborieuse. Cependant, ces offres, promotionnelles, ne disent rien du tarif appliqué à terme. Elles sont encore inadaptées aux usages réels du web, dans lesquels la réactivité et la rapidité sont essentiels : lors d’un achat à l’unité, il faut attendre 24h après avoir payé pour avoir accès à l’article de ses rêves...

On ne peut même pas regretter la disparition de telles encyclopédies des moteurs de recherches. En effet, elles n’étaient pas indexées par ces derniers, pour une raison sans doute volontairement obscure.

L’Encyclopédie Hachette est décomposée en deux ensembles : le dictionnaire, dont l’accès reste gratuit pour ne pas trop frustrer le client, et l’encyclopédie, dont l’accès est désormais payant.

Tentons l’expérience sur une recherche des plus banales, sur Napoléon. Quelle n’est pas notre surprise de découvrir cette définition de Napoléon selon le dictionnaire : « napoléon n. masc. Pièce d’or de l’ancien système monétaire français, à l’effigie de Napoléon Ier ou de Napoléon III. » Où l’on découvre que l’ensemble encyclopédie et dictionnaire avait été pensé comme un tout et que le nouveau « modèle économique » d’Hachette s’embarasse peu de ces questions... Je suis convaincu que l’encyclopédie répondrait à mes attentes, mais en attendant, je vais fouiller dans Wikipedia et trouver ceci : Napoléon Bonaparte. Wikipedia pourrait-il concurrencer Hachette, Microsoft et même l’Encyclopédie Universalis ? Incognitos_bis en semble convaincu. Il faudrait sans doute que de véritables professionnels du savoir fassent de ces encyclopédies libres de véritables oeuvres de haute qualité. Il ne tient qu’à nos universitaires et à nos spécialistes en tous genres de s’y atteler. Personnellement, j’ai un doute.

Messages

  • Attention cher Gabriel Lynx, je ne suis convaincu de rien ;-).
    A ce jour, le contenu de Wikipédia est étonnant, mais bien sûr, il manque à de nombreux articles, tant des contributeurs de qualité qu’une direction éditoriale claire (surveillance sur le contenu pour se défier d’emprunts possibles, établissement de règles et de structures d’articles...).
    En attendant, l’expérience est plus qu’intéressante et ce d’autant plus qu’elle est ouverte et gratuite, enfin parce qu’elle introduit une réelle "intéractivité" qui modifie beaucoup la donne par rapport à la passivité des encyclopédies multimédias traditionnelles. Enfin, ce qui est très intéressant, c’est que la forme wiki introduit une notion nouvelle dans l’encyclopédie : ce qui y est dit est perfectible, corrigeable... La vérité ne sort pas toute crue des livres. Je pense qu’il y a là une notion très intéressante sur la validité des savoirs...

    Bien sûr, « nos spécialistes » ne donneront pas demain au pot de l’encyclopédie libre et collaborative, et pas seulement pour des questions pécuniaires. On connaît l’un et l’autre les difficultés de l’appropriation des nouvelles technologies et les changements de mentalités que cela suppose... Bien sûr, la force des éditeurs implantés et leur puissance marketing est inégalable...
    Cependant, pour ma part, j’ai plutôt confiance et je trouve que cette forme participative à de réelles qualités. Peut-être bien que cette forme est vouée à s’éteindre, en attendant, elle révèle un certain potentiel qui, encadré, structuré, pourrait être intéressante à développer (dans le cadre de « produits » éditoriaux du type : livres de cuisine, dictionnaires, guides de voyages, etc.).

    Voir en ligne : lafeuille

    • Pour avoir souvent utilisé Wikipedia dans des sujets assez variés (informatique, musées, insectes), j’ai toujours eu des réponses claires et non-orientées dans leur tournure.
      Ca ne m’empêche pas de faire des vérifications sur le contenu et apporter le cas échéant des retouches ou quelques ébauches.

      Vu sa relative jeunesse, gageons que Wikipedia continuera à s’enrichir en contenu à un rythme aussi soutenu grâce à chacun.

      bistouri

      Voir en ligne : http://fr.wikipedia.org/wiki/Accueil

    • ... il manque à de nombreux articles, tant des contributeurs de qualité qu’une direction éditoriale claire (surveillance sur le contenu pour se défier d’emprunts possibles, établissement de règles et de structures d’articles...). En attendant, l’expérience est plus qu’intéressante ...

      Justement, tout l’intérêt de cette expérience est de voir ce que va donner une encyclopédie sans aucune direction éditoriale : ce n’est pas seulement qu’elle n’est pas claire, c’est qu’elle est totalement inexistante. Jusqu’ici, le résultat, s’il est loin d’être parfait, est tout de même très surprenant : on ne s’y attendait pas.