Comprendre la révolution numérique

Accueil > Rubriques > Technologie > iMac 2002 : la revanche des moniteurs

iMac 2002 : la revanche des moniteurs

lundi 21 janvier 2002, par Pierre Mounier

- Tendance

Ce fut l’événement de la rentrée 2002 : lorsque le patron d’Apple présenta lors de l’exposition MacWorld à San Francisco le dernier né de sa gamme, le nouvel iMac, tout le monde se dit que les constructeurs d’ordinateurs étaient sur le point de franchir un grand pas. Pour la première fois, l’un d’entre eux présentait un ordinateur qui ne ressemblait pas à un ordinateur ; ni à une télévision portable, comme les premiers iMac, mais à un objet de la vie quotidienne, un objet décoratif, et pour tout dire une lampe de bureau (de chevet disent les mauvaises langues). Le plus étonnant dans ce nouvel ordinateur, d’ores et déjà promis à un brillant avenir d’objet culte, c’est la disparition de la notion même d’unité centrale, désormais cachée dans le « pied » de l’écran qu’il soutient.

Bien sûr, l’initiative vient d’Apple, connu depuis longtemps pour sa capacité d’innovation en matière de design. Mais les analystes ne s’y sont pas trompés, qui ont prédit que, comme à l’accoutumé, la firme à la pomme jouait ici le rôle de poisson-pilote pour toute l’industrie du hardware. Et d’abord en osant le pari de cacher littéralement l’unité centrale de son ordinateur, pour mettre en valeur l’écran plat. Le renversement de perspective est plus important qu’il n’en a l’air. Depuis ses débuts, l’informatique a toujours privilégié l’ordinateur lui-même, au détriment des éléments qualifiés de manière significative de " périphériques " ; y compris l’écran qui porte toujours le nom lui aussi significatif de " moniteur (de contrôle) ". Les premiers ordinateurs en étaient même dépourvus, et les premiers écrans furent installés uniquement pour s’assurer du bon déroulement des processus. Rien de tel ici. Car Apple choisit avec son nouveau modèle de ne plus privilégier l’ingénieur système, mais l’utilisateur qui s’intéresse plus au résultat qu’à ce qui se passe dans la boîte noire. Cette évolution était nécessaire bien sûr, contenue en germe depuis l’invention du personal computer, mais personne n’avait eu l’audace, ou le génie technologique pour faire évoluer les formes afin de les adapter aux nouveaux usages informatiques. Elle est surtout favorisée par la baisse considérable du prix des écrans plats, encore vendus à sept ou huit mille francs pour des 15 pouces, il y a à peine quelques mois de cela. L’amélioration des techniques de fabrication des dalles TFT, traditionnellement très délicates à mettre en oeuvre, a permis cette démocratisation relative d’un objet jusqu’ici réservé aux plus fortunés.

Les grands esprits se rencontrent quelquefois, y compris dans l’industrie informatique. Et l’intervention de Bill Gates lors du dernier Comdex, allait dans le même sens. En présentant les " Tablet PC " comme les ordinateurs du futur, c’est exactement cette évolution qu’il annonçait. Car qu’est-ce qu’un Tablet PC, sinon un pur écran plat ? Avec une grosse différence toutefois : les gadgets de Bill Gates ne disposent que de peu de ressources informatiques propres, et devront se reposer sur le futur réseau de services actuellement développé par Microsoft : .Net. Apple au contraire, qui ne dispose pas d’une technologie comparable, doit continuer dans la voie déjà balisée de l’ordinateur autonome, quoique pourvu d’une bonne connectique. C’est une futur bataille qui se profile donc en ce moment, entre deux conceptions radicalement différentes de l’ordinateur, simple point d’accès à un réseau lui offrant toutes les ressources dont il a besoin, ou machine indépendante, autosuffisante, ne se servant de ses possibilités de connexion que pour transmettre et communiquer.

Quoiqu’il en soit, le pari de la firme de Cuppertino semble en passe d’être réussi car, aux dernières nouvelles, le public se jetterait sur les petits bijoux, facturés tout de même à près de 12000 francs. Un produit manifestement si réussi a toutes les chances de remettre Apple en selle pour quelques années du moins...jusqu’à la prochaine révolution ?