Comprendre la révolution numérique

Accueil > Rubriques > Le monde de la culture sombre-t-il dans la diabolisation de Google et de (...)

Le monde de la culture sombre-t-il dans la diabolisation de Google et de l’Internet ?

samedi 16 janvier 2010

Lors de ses vœux aux acteurs de la Culture, le Président de la République a déclaré vouloir adopter une attitude offensive contre le géant de l’Internet, Google. Suivant les recommandations de la commission Zelnik[1], il souhaite donc taxer de manière particulière les revenus publicitaires que la société engrange grâce aux clics que les internautes français effectuent sur les « liens sponsorisés ».Cette idée de taxation est justifiée, dans le discours présidentiel, et dans le rapport qui lui en a fourni l’idée, par le déséquilibre de la répartition des revenus publicitaires entre les producteurs de contenus - les industries culturelles - et Google qui détient une position dominante sur ce secteur d’activité. Alors que les premières voient leur taux de profitabilité baisser dangereusement - c’est vrai de la musique enregistrée et de la presse en particulier -, Google connaît une insolente bonne santé économique, même en période de crise. On comprend dès lors qu’un certain nombre de publications de presse aient accueilli très favorablement cette proposition dont ils espèrent tirer quelque bouffée d’oxygène[2].

L’idée d’une « taxe Google » s’inscrit dans une double suite d’événements :

- une série relativement courte qui commence sous la présidence de Jacques Chirac avec le cri d’alarme lancé en 2005 par Jean-Noël Jeanneney contre le programme de numérisation de livres Google books[3]. Alors directeur de la BNF, Jeanneney obtint dans la foulée un budget conséquent pour développer au niveau national son propre programme de numérisation - Gallica -, et proposer aux différents pays européens de s’allier pour valoriser leur patrimoine numérique via un portail commun : Europeana. La stratégie consistait alors à concurrencer Google sur son propre terrain. Si Gallica est une incontestable réussite, sa dimension purement nationale n’en fait pas un concurrent sérieux pour Google. Europeana est de son côté un échec sur la plupart des plans. L’initiative n’a en tout cas jamais atteint son but : remettre en cause la domination sans partage de l’américain. Plusieurs années après, le bilan est moins que mitigé : de grandes bibliothèques françaises, comme la bibliothèque municipale de Lyon signent un contrat avec Google pour numériser leurs collections. Comble du paradoxe : la BNF elle-même, désormais dirigée par Bruno Racine s’apprête à prendre le même chemin jusqu’à ce que le Ministre de la Culture la stoppe temporairement. Le rapport Tessier, récemment paru, et qui porte sur cette question précise, tire les conclusions de la situation actuelle : la participation de Google à la numérisation des collections patrimoniales françaises est bien inévitable. Le véritable enjeu est d’en négocier les conditions[4].

Dans la même période, d’autres acteurs culturels de premier plan passent à l’offensive : la maison d’édition Le Seuil en particulier attaque Google devant les tribunaux, toujours sur son programme de numérisation de livres, pour violation du droit de propriété intellectuelle, et gagne en première instance[5], déclenchant les applaudissements à la fois du syndicat des éditeurs, et des représentants des auteurs. Du côté de la presse en ligne, qui souffre en effet des faibles rémunérations qu’elle tire de la publicité, c’est plutôt du côté des subventions qu’elle va chercher des remèdes à sa situation, en obtenant à la suite des Etats Généraux de la Presse, 60 millions d’euros sur 3 ans pour développer de nouveaux projets de développement[6].

Après le piratage pour la musique et le cinéma, Google est donc désigné comme responsable des pertes économiques que subissent les secteurs du livre et de la presse. Porteur d’un modèle d’accès gratuit à l’information, il tuerait du même coup des acteurs dont le métier consiste au contraire à vendre l’information[7]. Pour intéressant qu’il soit, ce raisonnement a le défaut d’attribuer au comportement d’un seul acteur, même dominant, ce qui relève plutôt du mode de fonctionnement de l’écosystème dans lequel il s’insère. De ce point de vue, les stratégies défensives déployées par les différents acteurs : numérisation concurrente (Gallica), procès (Seuil), subventions (presse) et taxe (politiques) semblent relativement vaines pour une raison simple : elles prétendent agir sur un secteur particulier, à un niveau déterminé, et de toutes façons, elles ne peuvent intervenir que dans les limites d’un territoire national. Google, et aussi l’écosystème dont il tire profit se situe à un tout autre niveau : l’entreprise se définit comme une industrie de traitement de l’information dans sa globalité à l’échelle de la planète. Sa force réside justement dans sa capacité à retrouver l’information pertinente de manière transversale à tous les types documentaires possibles : livres, presse, blogs, mails, groupes de discussion, données de toutes natures, géolocalisées et bien sûr commerciales. Les batailles menées par les uns et les autres peuvent donc être gagnées localement, elles ont peu de chance, même cumulées de changer une situation globale où Google n’a pas de véritable concurrent. Ayant sans doute compris avant tout le monde le mode de fonctionnement de l’ère informationnelle dans laquelle nous sommes en train d’entrer, Google apparaît comme une entreprise mutante, particulièrement bien adaptée à son milieu, et donc dotée d’une force d’autant plus importante.

Le discours des acteurs politiques et économiques français est celui de la résistance nationale. Ils réactivent là un schéma traditionnel à notre pays où l’on attribue volontiers des pouvoirs magiques à la pure expression de la volonté politique. Il est des circonstances où la volonté peut effectivement jouer un rôle et changer une situation. Faut-il encore qu’elle s’appuie sur une compréhension fine de cette situation et oriente l’action dans un sens qui lui donne des chances d’être efficace. Est-ce le cas en France ? Certains tirent la sonnette d’alarme à propos de la multiplication de discours relativement technophobes et radicalement critiques à l’égard d’Internet[8]. C’est un phénomène ancien et durable parmi les élites françaises. A la fin des années 90, Françoise Giroud définissait avec mépris Internet comme « un danger public puisqu’ouvert à n’importe qui pour dire n’importe quoi ». Aujourd’hui, Alain Finklekraut fustige le modèle d’horizontalité dont il est porteur[9]. Plus récemment, Robert Redeker dénonce le narcissisme vain que manifestent des phénomènes comme Facebook[10]. L’Internet comme « tout-à-l’égout de la démocratie »[11], comme « la plus grande saloperie qu’aient jamais inventée les hommes »[12] ; voilà quelques formules bien senties qui manifestent une abhorration bien partagée dans certains milieux. On a déjà eu l’occasion de le montrer : les plus récentes lois de « régulation » des usages de l’Internet qui ont été adoptées en France, manifestent en réalité une volonté de revanche des industries culturelles contre les industries de l’Internet : fournisseurs d’accès et Google donc qui sont sommés de rendre gorge pour leurs insolents bénéfices[13]. La très étonnante idée de taxation des fournisseurs d’accès à Internet pour financer la télévision publique va dans le même sens[14].

Tous ces éléments mis ensemble manifestent l’angoisse presque désespérée avec laquelle les acteurs de la Culture en France accueillent la révolution numérique. Son extension progressive à chacun des secteurs concernés a été vécue comme une montée progressive des périls. Elle touche aujourd’hui le dernier bastion, le cœur sacré du temple culturel : le livre et cela n’est pas sans importance pour expliquer la violence des réactions actuelles qui, de l’indifférence et du mépris semblent évoluer maintenant vers la haine.

Notes

[1] Zelnik Patrick et Toubon Jacques, 2010, Création et Internet, Paris, Ministère de la Culture. Adresse : http://www.culture.gouv.fr/mcc/Actualites/A-la-une/Remise-du-rapport-de-la-mission-creation-et-internet.

[2] aKa, 2010, « Le Monde et Libé main dans la main pour nous pondre des éditos serviles et crétins », Framablog. Adresse : http://www.framablog.org/index.php/post/2010/01/10/le-monde-liberation-taxe-google-rapport-zelnik [Accédé : 16 Janvier 2010].

[3] Jeanneney Jean-Noël, 2005, Quand Google défie l’Europe : Plaidoyer pour un sursaut, Mille et une nuits.

[4] Tessier Marc, 2010, Rapport sur la numérisation du patrimoine écrit, Paris, Ministère de la Culture. Adresse : http://www.culture.gouv.fr/mcc/Actualites/A-la-une/Mission-sur-la-numerisation-du-patrimoine-ecrit/Rapport-Tessier.

[5] Numérisation des livres : Google condamné pour contrefaçon, Zdnet.fr. Adresse : http://www.zdnet.fr/actualites/internet/0,39020774,39711685,00.htm [Accédé : 16 Janvier 2010].

[6] Roussel Frédérique, 2010, « La presse en ligne de crédit », Ecrans. Adresse : http://www.ecrans.fr/La-presse-en-ligne-de-credit,8866.html [Accédé : 16 Janvier 2010].

[7] Thompson Chris, 2010, « Comment Google a pris le pouvoir », Slate.fr. Adresse : http://www.slate.fr/story/15407/google-pouvoir-decennie-culture-ravages [Accédé : 16 Janvier 2010].

[8] Epelboin Fabrice, 2009, « Aux Etats-Unis, Internet est perçu comme un bienfait pour la société | ReadWriteWeb France », ReadWriteWeb France. Adresse : http://fr.readwriteweb.com/2009/12/28/analyse/aux-etatsunis-internet-est-peru-comme-bienfait-socit/ [Accédé : 16 Janvier 2010].

[9] Chieze et Quioc, 2009, Alain Finkielkraut : « Internet, c’est n’importe quoi » - Libération, Paris. Adresse : http://www.liberation.fr/medias/06011245-alain-finkielkraut-internet-c-est-n-importe-quoi [Accédé : 16 Janvier 2010].

[10] Redeker Robert, 2010, « Facebook, narcissisme et exhibitionnisme », Médias, vol. , n° 23. Adresse : http://www.revue-medias.com/facebook-narcissisme-et,594.html [Accédé : 16 Janvier 2010].

[11] Dailymotion - Olivennes : Internet, « le tout-à-l’égout de la démocratie » - une vidéo Actu et Politique, 2009, Université d’été du MEDEF. Adresse : http://www.dailymotion.com/video/xadssk_olivennes-internet-le-toutalegout-d_news [Accédé : 16 Janvier 2010].

[12] Séguéla : « Le Net est la plus grande saloperie qu’aient jamais inventée les hommes » | Rue89, 2009, Adresse : http://www.rue89.com/2009/10/19/seguela-le-net-est-la-plus-grande-saloperie-quaient-jamais-inventee-les-hommes-122414?page=3 [Accédé : 16 Janvier 2010].

[13] Piotrr, 2009, « Hadopi, et après ? », Homo Numericus. Adresse : http://homo-numericus.net/spip.php?article287 [Accédé : 16 Janvier 2010].

[14] Les fournisseurs d’accès Internet taxés pour financer France Télévisions, 2008, 20minutes.fr. Adresse : http://www.20minutes.fr/article/281942/Television-Les-fournisseurs-d-acces-Internet-taxes-pour-financer-France-Televisions.php [Accédé : 16 Janvier 2010].

Messages

  • Tout cela est très vrai, mais je trouve aussi que cette idée de taxe Google me fait furieusement penser à la taxe sur les supports vierges de la perception collective pour la loi sur les droits voisins de 1985.
    Je pense donc qu’il s’agit d’un cas d’application de l’exception culturelle « à la française », presque un réflexe : un interventionnisme d’Etat, qui prend l’argent là où il (pense qu’il) y en a et le redistribue.

  • Bonjour,
    je suis tout à fait d’accord avec l’analyse de cet article. Je peux témoigner que mon usage (intensif) de google.books, par exemple, ne nuit en rien à mes achats personnels de romans (qui a toujours été modéré), et encore moins aux achats d’ouvrages scientifiques que je fais faire par mon laboratoire : au contraire, dans la mesure où googlebooks me fait connaître des titres qu’ensuite, je juge bon ou pas de faire acquérir par la bibliothèque.
    De même, je mets depuis longtemps mes articles en ligne sur hal, de même que j’utilise énormément jstore et autres plateformes du même type. Cela m’évite de commander les articles par prêt entre bibliothèques, ou de ne pas les consulter parce qu’il me faudrait me rendre à la bibliothèque alors que je n’en ai pas le temps ou la volonté. En aucun cas, cela ne nuit à mon comportement de consommatrice de revue, étant donné que je n’ai jamais acheté une seule revue pour un seul article (je m’abonne, irrégulièrement, à deux revues de ma discipline, par ailleurs).
    Quant à la musique, je préfère passer par itunes, après avoir longtemps pratiqué le téléchargement gratuit, mais leur politique commence à me décourager : le prix d’achat à l’unité a considérablement augmenté, et certains morceaux ne sont « achetables » qu’avec un album entier. En outre, leur politique d’une autorisation pour seulement 5 albums m’a joué des tours. Si bien qu’à l’heure actuelle, je me contente d’écouter mes vieux albums ou ceux qu’on m’offre. En tout cas, me détourner d’itunes ne m’a pas incitée à me tourner vers les vendeurs traditionnels de musique. La radio est très bien, aussi...
    Au final, je crois qu’il faut distinguer les livres et musiques anciens et les livres et musiques nouveaux (3 à 5 ans ?). Passé une période, la gratuité devrait relever de la même logique que celle des bibliothèques. Et google offre, à cet égard, les avantages d’une gigantesque bibliothèque de conservation et diffusion ; bien plus pratique que gallica, parce qu’on peut effectuer une recherche par mot clé sur le livre en entier, et sur l’ensemble des livres aussi, ce qui est proprement fabuleux. Cela m’a évité bien des allers et retours à Paris pour me rendre à la BNF. Ecologiquement, c’est un bilan carbone plutôt positif, non ?

    Anne Verjus

    • Je crois qu’il ne faut pas considérer « le monde de la culture » comme uniforme et unique.. et d’autre part, confondre « google » et internet. On peut comme moi être une utilisatrice intensive d’internet, anti hadopi, et ne pas souhaiter pour autant le monopole d’une multinationale sur la numérisation de l’édition. Je trouve trés bien l’initiative Gallica et jparfaitemnet normal que le ministère de la Culture ait son mot à dire. On peut aussi défendre le rôle d’internet dans la culture sans tomber dans l’ultralibéralisme. Autant la taxe google est effectivement inapplicable autant Je défends tout à fait le principe d’une redistribution de la part des acteurs de l’industrie qui se font un max de fric avec internet... mais en appliquant la licence globale ! Ne confondons pas technophobie et lutte contre l’ultralibéralisme !

    • Si tant d’acteurs s’élèvent contre Google, ce n’est pas parce qu’ils jugent son monopole inadmissible (celui de Microsoft , comme je l’ai dit dans un message précédent ne les gêne pas du tout, au contraire). Ils fustigent Google car la firme de Montain View s’appuie sur un modèle économique nouveau qui remet en cause l’ancien modèle économique obsolète, celui de la rente par les droits d’auteur et l’exclusivisme de l’éditeur. Google brise l’organisation de la rareté dont les acteurs traditionnels tirent leur bénéfice. On peut cependant remettre en cause, c’est vrai, l’exclusivisme que s’octroie Google sur les ouvrages numérisés et le limiter à une période moins étendue. La protection des ouvrages déjà imprimés était nécessaire pour le développement de l’imprimerie au temps de Gutenberg, cette interdiction de copie, aujourd’hui, mal adaptée au monde numérique, bloque au contraire son développement. il serait nécessaire, sinon de rendre totalement libre les droits de reproduction, tout au moins de réduire leur portée.. 70 ans de protection pour un écrit, c’est une inadaptation insupportable maintenue par des lobbies en perte de vitesse. Une oeuvre appartient à l’Humanité, pas au descendant d’un auteur et encore moins à un éditeur. il est inadmissible de ne pas pouvoir lire en ligne et télécharger gratuitement les ouvrages de Proust ou Sartre. Personnellement, je lis uniquement les écrits que je peux me procurer gratuitement en moins de 2 minutes (5 minutes c’est déjà trop). il y a assez d’ouvrages gratuits (des millions) parmi lesquels on peut trouver des trésors de littérature), Il n’est pas nécessaire de s’accrocher aux ouvrages protégés qui ont été souvent artificiellement médiatisés. Si certains auteurs ou éditeurs veulent continuer de protéger leurs ouvrages, qu’ils le fassent, tout simplement ils n’existeront plus car, c’est bien connu, seul existe, ce qui est disponible gratuitement et immédiatement sur internet.

  • Salut Pierre,

    Je crois qu’il ne faut pas confondre deux choses : le bouillonnement des intellectuels parisiens et l’analyse économique. Le premier n’a pas plus d’intérêt qu’une conversation de bistrot.

    Mais taxer Google, si cela était vraiment possible ce qui reste à démontrer, ne serait pas sans logique économique. Pour deux raisons :

    - L’hégémonie. Il est vrai qu’il a acquis sur le marché publicitaire de l’internet une position hégémonique qui frise l’abus de position dominante (voir http://blogues.ebsi.umontreal.ca/jms/index.php/post/2009/08/09/La-martingale-de-Google ), qu’il joue de sa position multinationale pour éviter les impositions et qu’il joue de l’affermage des contenus gratuits pour ne pas rémunérer les producteurs professionnels de contenu (il suffit de comparer avec l’économie de la TV pour voir la différence de logique).

    - La défense de l’industrie culturelle nationale. La France a défendu avec succès l’exception culturelle autorisant un soutien par l’État des industries nationales. L’exemple le plus parlant est la taxation des tickets de cinéma qui a sauvé le cinéma français au contraire de tous ses homologues européens après la guerre. La taxation de Google répond à la même logique.

    Il n’y a pas de diabolisation là dedans, simplement du réalisme. Je crois qu’il ne faut pas inversement tomber dans l’angélisme. Même si je ne comprends pas vraiment comment pratiquement on veut taxer Google, je suis d’accord sur le principe.

    • Logique, oui, mais à la condition que le revenu de cette taxe soit réellement nécessaire à créer des oeuvres et ne serve pas essentiellement à la promition publicitaire d’oeuvres dont le coût de création est souvent infime. Je ne vois guère que le cinéma qui entre dans cette catégorie car les coût de production, effectivement, sont importants. En revanche, la musique, les écrits n’y entrent pas. Les musiciens peuvent (et doivent à mon sens) très bien vivre grâce à leurs concerts et les auteurs, eux, sont quasiment tous des professionnels salariés dans des emplois dérivés (professeur, journalistes, professeurs d’université, spécialistes praticiens, chercheurs...). Si on devait prélever le coût exact correspondant à une édition électronique, ce serait absolument infime et proche de zéro, c’est la raison pour laquelle l’édition gratuite est justifiée et une taxe injustifiée

    • Bonjour Jean-Michel,

      je pense qu’il ne faut pas mépriser autant les conversations de bistro des intellectuels parisiens. Ceux-ci « font » l’opinion, se répandent dans les médias et sont crus sur parole par les plus hautes autorités de l’Etat, ce qui a des conséquences politiques non négligeables : Hadopi, Loppsi, les taxes sur les FAI et maintenant sur Google.

      Je ne suis pas contre les mesures de protection des industries nationales (tout le monde le fait, même et surtout les Américains qui essaient de nous faire croire le contraire et y réussissent partiellement malheureusement). Je ne suis pas contre les taxes redistributrices, mais je suis contre les politiques qui tentent d’affaiblir les industries innovantes pour perfuser et protéger des industries qui refusent d’évoluer. Je suis contre les politiques qui s’attaquent à ceux qui proposent de nouveaux services aux consommateurs (Google, et comment !) pour servir les intérêts d’industries assises sur leur rente de situation et qui n’ont aucune créativité. C’est ce que je dis entre les lignes en parlant d’une volonté politique appuyée sur une bonne compréhension de la situation par opposition à la vaine incantation.

      Tiens, tu veux un exemple ? Récemment, j’ai eu besoin de lire la leçon inaugurale de Foucault au Collège de France (L’Ordre du Discours). Je le cherche en ligne, et je tiens même ma Carte bleue toute prête à chauffer, s’il faut vraiment payer pour accéder à un texte prononcé dans le cadre d’une institution publique. Et bien, je te signale que ce texte, qui n’est quand même pas particulièrement pointu, ce n’est pas un incunable, ni un manuscrit exotique est totalement introuvable en ligne !!!! Totalement ? non pas tout à fait, car Google l’a bien numérisé, mais ne donne accès à qu’à des snippets inutilisables. Pourquoi ? Si je te dis maintenant que l’éditeur est Gallimard, tu comprends pourquoi.

      (Lire aussi le témoignage d’Anne Verjus ci-dessus). Moi je veux bien comprendre les fines analyses économiques, les plans stratégiques et les raisons politiques, mais il faut aussi de temps en temps avoir un point de vue d’utilisateur, sinon on décolle vite de la réalité. Et la réalité est là : c’est aujourd’hui Google qui apporte le plus de services innovants aux utilisateurs que nous sommes tous, alors qu’on a attendu les bibliothèques et les éditeurs pendant des années sans qu’ils aient fait grand-chose. Cela aussi, il faut le comprendre et le prendre en compte.

      Amitiés,

      Pierre

    • Il y a un soucis avec votre lien, qui renvoit une erreur 404...

      Sinon, pour revenir au sujet. Près d’un an après la rédaction de cet article, où en sont les choses concernant cette taxe ?

      Quoi qu’il en soit, effectivement, je suis d’accord avec ce qui a été dit. Nos dirigeants, en plus d’être relativement peu au fait du monde, qu’ils jugent hostiles, de l’Internet, ont une vision plus qu’archaïque et manichéenne des choses en la matière. Je ne veux pas me faire l’avocate de Google, mais c’est en effet n’importe quoi de voir cette forme de diabolisation stupide.

      Il suffit de voir ce qu’a donné la nouvelle législation française concernant le poker, par exemple, pour voir que les législateurs n’y connaissent rien. En ce qui me concerne, je suis plutôt adepte du poker gratuit que du poker payant en général, préférant proposer mes sites dans un annuaire poker plutôt que de diaboliser inutilement une entité comme Google, que nous aimons tous, pas vrai ? Bref, merci pour cet article très intéressant...
  • 1 an après la rédaction de cet article je me rend compte que rien n’a vraiment changé . La stratégie du président est surtout une stratégie d’effet d’annonce , rien de bien nouveau pour le moment à l’horizon .

    J’aime beaucoup faire un parallelisme avec l’ouverture du marché du poker gratuit et j’aime aussi trouver les salles de poker agrées par l’arjel sur Meilleure salle de poker en attendant que le choix de salle de poker se porte mieux