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Un journalisme sans journalistes

samedi 2 septembre 2006

La grande vague du Web 2.0 a tendance à occulter l’autre grande mutation du réseau : l’émergence du journalisme citoyen (citizen journalism). Popularisée aux Etats-Unis par Dan Gillmor dans son livre We the media, cette pratique s’est à ce point répandue qu’elle a permis de construire dans plusieurs pays de véritables médias entièrement alimenté par des contenus provenant de sources amateures. En France par exemple, le portail Agoravox constitue une alternative intéressante aux quotidiens nationaux dont le lectorat va faiblissant. Aux Etats-Unis, Dans Gillmor a lui-même tenté l’expérience avec Bayosphère, dont le récent échec montre bien que la question du modèle économique n’est pas encore résolue.

C’est en Corée pourtant qu’il faut aller cherche le modèle le plus abouti de ce que permet le journalisme citoyen. Fondé en 2000 par Oh Yeon Ho, un spécialiste des médias, le portail Ohmynews tient aujourd’hui une place non négligeable dans le paysage médiatique coréen. Basé sur les contributions volontaires de milliers de journalistes autoproclamés, le journal construit sa une sur la base de la sélection des meilleurs articles proposés. Le succès du journal est considérable [1]. Ainsi est-il réputé avoir joué un rôle non négligeable au cours des élections de 2002 qui ont vu l’arrivée au pouvoir de Roh Moo Hyun. Plus récemment, Ohmynews, qui possède déjà une édition internationale en Anglais a pris pied au Japon. En juillet dernier, il a organisé une conférence internationale sur le journalisme citoyen rassemblant des intervenants venus de plus de vingt pays. Des figures comme Craig Newmark, de Craigslist, Dan Gillmor, J.D. Lasica pour Ourmedia.org, Tim Lord de Slashdot.org ou Ethan Zuckerman de Globalvoices y ont été entendus.

Il est difficile de douter que les portails de journalisme citoyen comme celui-ci viennent prendre place aux côtés de plus classiques agrégateurs de news pour concurrencer encore un peu plus le journalisme professionnel. Certains de ses représentants répondent d’ailleurs en interrogeant la qualité de l’information produite par ce journalisme sans journalistes.


Voir en ligne : The Economist


[1Lire les explications de Ronda Hauben sur ce succès qui doit beaucoup aux particularités coréennes