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Blog de flic et blog de prof : deux destins

samedi 10 mars 2007

Dans l’administration, écrire un blog peut conduire à des fortunes diverses : publier un livre chez un éditeur connu ou faire l’objet d’une procédure disciplinaire pour manquement au devoir de réserve. Deux blogueurs en font l’expérience ces jours-ci. L’une est policière. Elle s’appelle Bénédicte Desforges et vient de sortir son livre, Flic : Chroniques de la police ordinaire, aux Editions Michalon, écrit à partir de son blog. L’autre est prof en ZEP. On ne connaît pas son nom, ni son établissement d’exercice, mais il est poursuivi par son chef d’établissement qui lui reproche d’avoir manqué à son devoir de réserve. Depuis, il a fermé son blog.Une pétition de soutien est en cours de signature.

Les règles en matière de divulgation publique sur un blog d’informations liées à un milieu professionnel, sont loin d’être claires. Tout dépend donc des réactions, très diverses, que les supérieurs hiérarchiques du blogueur peuvent avoir en prenant connaissance de la publication. Ainsi plusieurs blogs, de policiers aussi, ont été fermés en catastrophe et ont valu des ennuis à leurs auteurs. L’Education Nationale semble se distinguer en la matière. On se souvient del’affaire Garfield qui avait vu un proviseur de lycée manquer être destitué pour avoir raconté son travail quotidien sur un blog.

Au delà de l’évident talent personnel de Bénédicte Desforges, la réussite de « Police, le blog d’un flic » est aussi à mettre en relation avec une administration bien plus ouverte qu’on ne peut le préjuger en matière de communication avec le public par l’intermédiaire des nouvelles technologies. Un petit coup d’oeil au site de recrutement de la Police Nationale est instructif et montre comment on peut tirer parti de ces outils de communication pour informer au mieux le public sur la réalité quotidienne d’un métier.

Rien de tel dans l’Education Nationale, apparemment terrifiée à l’idée d’une communication non contrôlée de ses agents avec le public. Les expériences de blogs mis en place et soutenus par l’institution sont extrêmement rares et limitées, preuve supplémentaire du décalage impressionnant entre une société qui a profondément évolué et une institution éducative qui semble toujours vivre sur des modèles du siècle dernier.

Plus profondément, on peut se demander si ces sanctions ne sont pas le signe d’une administration développant le syndrome du bunker ; tout se passe comme s’il ne fallait pas que le public sache ce qui se passe réellement dans les classes et les établissements, comme s’il fallait préserver à tout prix l’apparence d’un mythe auquel plus personne ne croit par ailleurs.


Voir en ligne : Blogprof

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