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Bilan globalement négatif pour les machines à voter

mercredi 16 mai 2007

Quelques jours après le second tour des élections présidentielles, qui ont vu un déploiement sans précédent en France de machines de vote électroniques, il est temps d’en dresser un bilan provisoire. L’usage de ces machines fait, depuis le début, l’objet de vives contestations. Plusieurs arguments sont avancés, le premier étant le risque de fraude involontaire. Alors que le contrôle par l’ensemble des citoyens de la légalité d’un scrutin est relativement aisé à assurer lorsque celui-ci se déroule au moyen d’urnes transparentes, cette tâche devient beaucoup plus compliquée lorsqu’il s’agit de contrôler un système électronique. Et la difficulté est renforcée lorsque le code source des logiciels qui animent ce système n’est pas accessible, pour des raisons de secret industriel, comme c’est actuellement le cas.

Autre argument avancé contre le déploiement de ces machines, spécifique cette fois au cas français : le choix du système de vote (traditionnel ou électronique) revient à chaque commune. Il semble d’ailleurs que dans le cas des dernières élections, la décision ne soit pas toujours revenue aux conseils municipaux, mais plus directement aux maires, parfois sous la pression de leurs services. Le problème est que le déploiement sur une partie du territoire seulement rompe l’égalité formelle de traitement qui doit être appliquée à l’ensemble du corps électoral. Cet argument de l’égalité des conditions de vote peut sembler pour le moins abstrait.

Rien n’est moins sûr en réalité ; car dans les faits, dans nombre de communes où ces machines ont été déployées, le scrutin s’est déroulé dans de mauvaises conditions. Difficultés d’utilisation, pannes à répétition, blocages intempestifs et allongement des files d’attente dans un contexte de forte participation n’ont pas été rares. Au niveau individuel maintenant, deux témoignages récents, ont mis en lumière les difficultés que ces machines pouvaient poser à toute une partie de la population. Un petit test effectué sur un panel de personnes âgées a en effet fait apparaître un taux d’erreur et d’incapacité à utiliser la machine très important. Par ailleurs le témoignage, plein d’humour, d’une personne aveugle sur son expérience, fait apparaître les insuffisances de ces dispositifs en matière de prise en compte du handicap.

Le problème n’est pas seulement français. Les récentes élections qui se sont déroulées en Ecosse, ont été marquées par un gigantesque bug où les machines à voter électroniques avaient été deployées massivement. En face de toutes ces difficultés, il est nécessaire de se demander quels avantages présentent éventuellement ces machines. Il semble en fait, que les deux seuls avantages qui aient été constatés concernent la rapidité du dépouillement, qui se fait instantanément bien sûr, et la centralisation des données au niveau du Ministère de l’Intérieur qui ne peut être effective que si les machines sont connectées en réseau avec les ordinateurs du Ministère [1], et si, surtout, toutes les communes utilisent ces machines, ce qui est loin d’être le cas. Tout ça pour ça ?


Voir en ligne : Le Bien Commun