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Logiciel libre et politique : l’âge de la maturité

mercredi 30 mai 2007

Pour qui s’intéresse à la manière dont la mouvance du logiciel libre interagit avec le reste de la société, la période électorale que traverse la France cette année représente sans doute un moment important. L’initiative Candidats.fr, mise en place par une des associations de défense du logiciel libre, l’April, en est une manifestation importante. Utilisant la même méthode que Nicolas Hulot avec son pacte écologique, Candidats.fr tente de contraindre les candidats, d’abord à l’élection présidentielle, puis aux législatives, de prendre publiquement des engagements en matière de législation sur le logiciel ou d’utilisation des logiciels libres au sein des administrations.

Ce n’est pas un hasard si cette initiative s’est mise en place quelques mois après l’adoption de la lois sur le Droit d’Auteur et les Droits Voisins dans la Société de l’Information ( DADVSI ). Cette loi, et plus encore, la manière dont elle a été discutée et adoptée à l’Assemblée Nationale, ont en effet représenté un événement majeur dans le cercle, assez restreint, de ceux qui s’intéressent à ces questions. D’un côté, elle a mis en lumière l’incroyable poids du lobby des industries culturelles au sein du Ministère de la Culture, agissant sans complexe auprès de responsables politiques dépassés par les événements. De l’autre, elle a montré qu’on ne pouvait plus considérer que la classe politique dans son ensemble était réfractaire à tout intérêt pour les questions technologiques. Au cours des débats, plusieurs députés et sénateurs, y compris parmi ceux qui n’étaient pas a priori spécialisés sur la question, ont fait preuve d’un véritable intérêt et de réelles connaissances sur les questions techniques sous-jacentes.

Candidats.fr semble tirer les leçons politiques de cette double expérience en tentant de faire pression sur les responsables politiques. Et ce n’est pas un hasard si ceux que l’on retrouve à la tête de l’initiative, se sont particulièrement illustrés lors des débats sur la DADVSI - avec l’initaitve EUCD.info notamment.

Il faut bien dire que pour l’instant, l’expérience n’est pas très concluante. Les réponses des candidats aux élections présidentielles ont été peu nombreuses et tardives. A quelques semaines du scrutin législatif, seuls 38 candidats à la députation ont répondu au Pacte du logiciel libre, qui leur était proposé. Il est clair que les militants du logiciel libre n’en sont qu’au tout début d’un processus qui ira certainement en s’amplifiant dans les années à venir. C’est d’ailleurs convergent avec l’évolution générale d’une société qui voit les revendications communautaires émerger progressivement et s’organiser pour peser sur la décision politique. Sur leur chemin, ils rencontreront cependant une difficulté qu’il leur faudra surmonter : le poids d’un groupe de pression est directement proportionnel à la popularité du thème sur lequel il travaille. Ainsi, la « méthode Hulot » ne peut fonctionner que dans la mesure où l’écologie et le réchauffement climatique sont devenus des sujets de préoccupation universellement partagés. On ne peut pas en dire autant du logiciel libre...pour l’instant.

Erratum : contrairement à ce que laisse croire une formule malheureuse de ce texte, la plupart des candidats à l’élection présidentielle ont répondu au questionnaire envoyé par Candidats.fr. Ce n’est que le caractère tardif de ces réponses qui est manifeste. (voir les interventions de forum ci-dessous). HN présente ses excuses aux animateurs de Candidats.fr à qui il souhaite d’ailleurs de réussir dans leur entreprise...


Voir en ligne : Candidats.fr

Messages

  • A ce propos, l’april recrute des adhérents , n’hésitez pas à les aider.
    http://www.april.org/

    Voir en ligne : http://www.april.org

  • Vous dites « Les réponses des candidats aux élections présidentielles ont été peu nombreuses et tardives. ». 8 des 12 candidats à la présidentielle, dont les deux finalistes, ont répondu au questionnaire de l’APRIL.

    Le questionnaire abordait de nombreux sujets et les réponses des candidats ont été pour la plupart très détaillées.

    Le nombre et la qualité des réponses montre au contraire que l’initiative a été un succès, sans doute unique dans le monde. Trouvez-moi un pays dans lequel une initiative a pu obtenir des principaux candidats à l’élection présidentielle une position détaillée sur des sujets fondamentaux tels que le logiciel libre, les DRM, les brevets logiciels...

    Concernant la version législatives de l’initiative, elle a démarré il y a quelques jours. Comme il y a beaucoup plus de candidats (plus de 7 000) qu’à l’élection présidentielle il faut beaucoup plus de ressources pour les contacter. Mais ça fait aussi l’intérêt de l’initiative : mettre en contact le citoyen et les candidats.

    Ne pas hésiter à participer

  • Je ne peux que partager l’avis exprimé dans le commentaire précédent. Les seuls candidats à ne pas avoir répondu sont De Villier, Shivardi, Nihous et Laguillier. Les 2/3 des candidats ont donc répondu. Dire qu’il y a eu peu de réponses est donc une plaisanterie. Par ailleurs la qualité des réponses est indéniable dans la plupart des cas (bayrou, bové, buffet, royal, voynet) par exemple. quant à la partie législative depuis votre article ils sont désormais 71 candidats à avoir voter et plus de 160 volontaires oeuvrent à sensibiliser au Logiciel Libre partout en France.

    Effectivement, une telle initiative est à n’en pas douter unique au monde.

  • Mea culpa.

    Je voulais dire que les réponses étaient peu nombreuses pour les législatives et tardives pour les présidentielles (Sarkozy par exemple a répondu quelques jours seulement avant le premier tour). Ma rédaction, trop rapide, a écrasé cette distinction entre les deux types d’élection.

    Désolé.

    Piotrr