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Google sous le feu des critiques

mercredi 13 juin 2007

Du fait de sa taille et de l’importance considérable qu’il prend sur Internet, Google est exposé de manière croissante aux critiques venues de toutes parts, et pas seulement en France, pays qui a fait de l’antigooglisme son sport favori. On sait par exemple que les éditeurs de livres sont loin d’être satisfaits de la manière dont la société californienne numérise leur catalogue, par l’intermédiaire des bibliothèques, sans leur demander leur avis. Charge aux éditeurs de repérer et signaler les ouvrages qu’ils veulent voir sortis du programme, selon la procédure de l’opt-out. Récemment, un responsable de la société MacMillan a fait un coup d’éclat au salon du livre de New York, BookExpo America, en volant un ordinateur portable sur le stand de Google. Interrogé sur le motif de son acte, il a indiqué avoir voulu procéder comme cette société le fait : en volant la propriété d’autrui par défaut ; charge à Google de réclamer ensuite son bien. Pour cette dernière, la comparaison est bien entendufallacieuse.

Mais Google, ce n’est pas seulement un moteur de recherche appuyé sur un programme de numérisation de livres. Au cours des dernières années, cette société a acheté un nombre considérable d’entreprises, sur un large éventail de domaines. Aujourd’hui, Google fédère un véritable univers de services qui vont de la vidéo en ligne (YouTube) aux applications bureautiques en ligne (Google docs) en passant par le partage d’images (Picasa), le mail (Gmail), les réseaux sociaux (Orkut), la géolocalisation (Google maps), les blogs (Blogger) parmi bien d’autres, sans oublier bien sûr la publicité en ligne avec Adsense et Adwords. L’effet le plus visible de ce réseau tentaculaire de services pour l’utilisateur final, c’est l’identification unique. Si l’on dispose d’un compte Google, on est invité à s’identifier sur ces services au moyen des données d’identification d’un compte unique

Les risques pesant sur la vie privée des internautes ne sont dès lors pas négligeables. Car pour peu qu’il utilise plusieurs de ces services, il fournira un nombre considérable de renseignements sur sa vie en ligne, ses goûts, ses choix, son comportement. Et Google ne s’est jamais fait mystère de vouloir exploiter ces informations, en particulier pour proposer de la publicité ciblée et personnalisée, qu’elle identifie, sans doute pas à tort comme une source considérable de richesses pour les années à venir.

C’est cette dimension subrepticement invasive du fichage des internautes par la société de Mountain View, qui a poussé récemment l’ONG Privacy International à classer Google bon dernier en matière de respect de la vie privée. Une polémique entre les deux organisations s’en est suivie, synthétisée par le site Google blogoscoped. de son côté, l’Union Européenne s’est aussi inquiétée de la manière dont étaient traitées les données personnelles fournies par les ressortissants du continent. Les protections européennes sur ce point sont en effet beaucoup plus contraignantes pour les entreprises privées, que ce que permet la loi américaine. Selon les accords dits Safe Harbour, les entreprises américaines traitant des données personnelles en provenance de l’Union, sont en effet tenues, même lorsqu’elles rapatrient ces données sur le territoire des Etats-Unis, de respecter cette spécificité.

La polémique s’est engagée sur la durée de conservation des données. A l’origine, Google ne prévoyait pas de limite temporelle à cette conservation. Dans un premier temps, l’Union a pu faire remarquer que l’éternité, c’est un peu long en la matière. C’est d’ailleurs ce que dit en substance à un autre niveau, un professeur d’Harvard, qui réclame un droit à l’oubli sur Internet et plus généralement dans les outils de traitement informatisé des données. Dans un second temps, Google a proposé de limiter à deux ans la conservation des données personnes. Encore trop long a rétorqué le groupe de l’Article 29, qui rassemble les responsables Informatique et libertés des différents pays de l’Union . Actuellement, on en est à 18 mois, et la balle est dans le camp des autorités européennes. Mais dans sa dernière proposition, Peter Fleischer, le responsable de ces questions chez Google fait remarquer avec malice qu’on n’est pas loin de la contradiction absolue dans le camp des autorités européennes. Celle-ci sont en effet en train d’adopter une directive contraignant, pour des raisons de sécurité et de lutte anti-terroriste, les différents fournisseurs de service Internet, à conserver les données de connexion de leur clients pendant au moins deux ans. Très sourcilleuses lorsqu’il s’agit de l’exploitation commerciale des données personnelles, les autorités étatiques se sont par ailleurs engagées dans une politique de fichage systématique de leurs populations depuis le 11 septembre, en s’appuyant lourdement, pour ce qui concerne Internet, sur les fournisseurs d’accès. La différence de traitement peut être justifiée par la différence des fins : la publicité ciblée d’un côté, la sécurité nationale de l’autre. Mais les atteintes à la vie privée n’en sont-elles pas tout aussi graves ?


Voir en ligne : New York Times