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iPhone ou GPL ?

mercredi 4 juillet 2007

La mise sur le marché, aux Etats-Unis, du nouveau téléphone multifonctions produits par Apple a provoqué une véritable hystérie collective parmi les amateurs de gadgets et autres inventions techniques. Les médias personnels surtout, comme les blogs, ont été les vecteurs naïfs d’une campagne marketing sans précédent. C’est au blog de Framasoft cependant, qu’il revient d’en avoir parlé le mieux, en rapprochant cet événement de la publication le même jour de la nouvelle version de la General Public License. La GPL n’est rien moins que le texte légal qui protège les logiciels libres et préserve les libertés fondamentales qui leur sont attachées. Or, la particularité de cette nouvelle version est de prendre position contre ce que la Free Software Foundation appelle la « tivoïsation » (du nom du magnétoscope numérique Tivo), c’est-à-dire le fait qu’un nombre croissant d’appareils électroniques contiennent des programmes développés sur la base de logiciels libres qui, sont donc légalement modifiables et redistribuables, mais aussi dôtés de systèmes de protection techniques qui empêchent l’utilisateur d’exercer réellement cette liberté. De la même manière, cette version de la GPL n’interdit pas d’utiliser un système de contrôle anti-copie (DRM) en lien avec un logiciel libre, mais donne toute liberté aux utilisateurs de contourner, s’ils le souhaitent, ces systèmes.

Sans entrer dans les détails, on peut dire que la nouvelle version de la GPL manifeste le fait que la bataille pour les libertés numériques ne se joue plus exclusivement dans les serveurs et ordinateurs personnels, mais de manière croissante au niveau des petits appareils électroniques dont le nombre et la diversité est en train d’exploser. A ce propos, Apple, après avoir perdu les précédentes batailles, semble bien décidé à se rattraper sur ces objets, avec le succès acquis de l’iPod, et celui programmé de l’iPhone.

Mais précisément, ces deux produits, ainsi que le logiciel iTunes avec lequel ils fonctionnent étroitement , sont fortement verrouillés au niveau technique. Si Apple a récemment renoncé à distribuer ces produits musicaux exclusivement sous DRM par exemple, c’est au prix du respect de la vie privée de ses clients, puisque les fichiers sont identifiés à leur acheteur. Le jeu risque de durer longtemps entre la firme à la pomme et les hackers de toutes sorte qui proposent déjà un logiciel destiné à l’anonymisation des fichiers téléchargés, tandis que d’autres se lancent des défis pour casser le verrou d’activation qui lie actuellement l’iPhone à l’opérateur téléphonique AT&T.

Il est bien difficile de déterminer si, du strict point de vue industriel, Apple a raison ou tort de chercher à maîtriser de manière aussi étroite l’environnement logiciel qui est contenu dans les objets numériques qu’il propose. Il semble en effet que ses marges soient très importantes sur la vente des objets eux-mêmes, parce que sans véritable concurrent. On parle ainsi de près de 50% de marge sur l’iPhone. Il n’en reste pas moins que ces verrous numériques, qui asservissent d’une certaine manière l’utilisateur, sont aujourd’hui difficilement supportables. Alors que sur ordinateur, l’arbitrage entre liberté et confort d’utilisation est en passe d’être résolu, avec des logiciels comme Open Office, Firefox et Thunderbird, il est possible que le problème doive être repris à la base pour tous les appareils numériques nomades sur lesquels nous devons compter de manière croissante.


Voir en ligne : L’iPhone n’est pas encore sous GPLv3, étonnant non ?

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