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Grandes manoeuvres autour des formats bureautiques

lundi 3 septembre 2007

La bataille qui se livre en ce moment même au sein de l’organisme de standardisation international ISO, et au sein de ses filiales dans les différents pays du monde, n’est pas anodine. Il s’agit de savoir si le nouveau format de documents bureautiques développé par Microsoft pour sa suite Office 2007 peut être reconnu comme une norme internationale ou non.

Ce format, baptisé Open XML est censé remplacer, dans ses différentes déclinaisons, les habituels .doc, .xls, et autres .ppt que l’on connaît bien. Contrairement à ses prédécesseurs, le nouveau-né de chez Microsoft est basé sur le langage universel de structuration de contenus XML, ce qui le rend, a priori, beaucoup moins opaque et beaucoup plus ouvert. On sait que les formats utilisés par Microsoft, du fait de la domination écrasante de sa suite bureautique au sein des environnements professionnels, sont devenus avec les années, des standards de fait, point de passage obligé pour quiconque cherche à transmettre un document, même lorsque celui-ci a été composé sur un logiciel concurrent. Or, jamais Microsoft n’a cherché à obtenir la reconnaissance de ses formats propriétaires comme normes jusqu’à présent.

Le changement est venu du concurrent le plus menaçant pour Microsoft Office à l’heure actuelle, à savoir la suite bureautique libre Open Office. Ce logiciel utilise en effet comme format « natif », la norme Open Document (qui produit des fichiers .odt). Open Document est un format ouvert, dont le développement est assuré par le consortium OASIS et qui bénéficie, lui, depuis peu, de la reconnaissance de l’ISO comme standard international pour les documents bureautiques. Autant dire qu’il constitue une sérieuse menace pour la suprématie de Microsoft dans l’univers bureautique.

La question est d’autant plus vivement débattue que les organisations bureaucratiques, grandes entreprises bien sûr, mais aussi et surtout administrations publiques qui sont soumises à des impératifs d’intéropérabilité, de transparence et de pérennité qui ne s’appliquent pas au secteur privé, ont progressivement pris conscience des enjeux stratégiques qui se cachaient derrière ces questions apparemment très techniques. Ces derniers mois par exemple, plusieurs Etats, dont la France, ont annoncé leur intention d’adopter Open Document comme format obligatoire pour les documents produits par leurs administrations. Ce qui revient à exclure l’utilisation de Microsoft Office au sein de ces mêmes administrations...de la faute même de Microsoft, qui a décidé de ne pas intégrer ce format au sein de sa suite logicielle.

On commence dès lors à comprendre les raisons profondes du bras de fer qui est en train de se dérouler au sein de l’ISO : en cherchant à faire reconnaître son format comme une norme par l’ISO, Microsoft vise à labelliser son format propre afin de conserver sa position au sein des environnements professionnels. Ses adversaires dénoncent au contraire une manoeuvre visant à affaiblir une norme existante, Open Document, qui a l’avantage d’être définie indépendamment de tout logiciel particulier -même si c’est Open Office qui l’utilise le premier -, contrairement à son concurrent, intrinsèquement lié à la suite logicielle de Microsoft.

Des votes ont actuellement lieu dans toute l’Europe, après les prises de position contrastées d’autres pays, comme les Etat-Unis (pour), le Brésil (contre) et l’Inde (contre). Aux dernières nouvelles, la France, au terme d’un débat houleux au sein de l’AFNOR, s’apprêterait elle aussi à refuser la normalisation. Toutes les positions adoptées par chacun des pays seront dans un second temps rassemblées, et détermineront la décision finale de l’ISO.


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