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Caméra vidéos : le panoptique n’est pas toujours sûr

mercredi 5 septembre 2007

Les récents événements qui se sont déroulés à la Gare du Nord à Paris, ont relancé l’intérêt pour la généralisation des systèmes de surveillance vidéo, sous l’impulsion du Premier Ministre notamment qui, en visite sur les lieux, a déclaré vouloir installer « des caméras partout ». Dans ces conditions, et avec l’exemple du voisin britannique, qui apparaît aujourd’hui comme le champion de la surveillance vidéo, il semble difficile de vouloir résister à la généralisation de ces dispositifs dans l’espace public, malgré les protestations d’association de protection de la vie privée, comme Souriez vous êtes filmés.

Quatre chercheurs canadiens viennent pourtant de publier un article très intéressant sur le sujet dans le dernier numéro de la revue Media, Culture and Society qui vient de paraître. Intitulé « Media, communication and the establishment of
public camera surveillance programmes in
Canada »
, leur article tente de limiter la portée et la pertinence du paradigme du panopticon pour comprendre les mécanismes sociaux qui conduisent à la généralisation de l’implantation des caméras de video-surveillance. Leur argument principal repose sur l’idée qu’il est nécessaire d’être attentif au contexte socio-culturel pour analyser ces phénomènes. Ainsi, le modèle du panoptique, parce qu’il présuppose une distinction radicale entre surveillants et surveillés oblitère le fait que, dans un certain nombre de cas, ce sont les citoyens eux-mêmes, via des associations de terrain déployées au niveau du quartier et de la municipalité, qui sont à l’initiative de la mise en place des caméras vidéos.

A l’inverse, les auteurs montrent, sur des exemples canadiens, qu’à partir du moment où ce type de projet est lancé, l’acceptation sociale n’est pas automatiquement gagnée. Ils analysent en particulier deux cas où, de manière très différentes, une mobilisation massive et presque spontanée de la population locale, ou, à l’inverse, l’activisme d’une petite association spécialisée, ont bloqué l’aboutissement des projets de vidéo-surveillance. Ils montrent par ailleurs que dans les discussions qui se sont multipliées sur cette question, la presse locale est loin d’avoir joué le rôle de relais systématique de l’opinion de la classe politique ou des milieux d’affaires en faveur de ces dispositifs.

La conclusion des quatre chercheurs n’est pas inintéressante. Ils montrent que dans le contexte de traitement émotionnel du crime qui est aujourd’hui la règle dans les médias, les discussions triviales et les discours politiques, les conséquences en terme de décision publique ne sont pas prédeterminées. En d’autres termes, l’espace pour la discussion reste ouvert et peut permettre à de véritables débats, plus équilibrés qu’on pourrait le croire, d’émerger. La nouvelle n’est pas si mauvaise pour tous ceux qui n’acceptent pas l’entrée progressive de nos sociétés dans des situations de servitude volontaire.


Voir en ligne : Media, Culture and Society