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Jamais sans mon « Crackberry »

jeudi 6 septembre 2007

Le Blackberry, outil de communication de poche, sans fil et doté d’un clavier, permet de recevoir des messages mails, et d’y répondre en tous lieux et à toute heure du jour et de la nuit. Très utilisé par les entreprises, il permet à leurs collaborateurs d’être joints en permanence et facile donc la mobilité.

Très tôt, cet outil a été dénoncé comme étant à l’origine de dérives inquiétantes. Il est connu que la multiplication des outils mobiles de communication, ordinateurs et téléphones portables en particulier, entraîne mécaniquement un allongement des journées de travail et provoquent un empiètement de la vie professionnelle sur la vie privée. Le Blackberry est souvent désigné comme le point extrême de cette dérive. Il entraînerait de véritables problèmes d’addiction chez nombre de ses utilisateurs.

Ce sont ces phénomènes justement qu’analyse JoAnne Yates, professeur à l’Ecole de Management du MIT au cours d’une conférence dont la vidéo est visible en ligne. Menée sur la base d’entretiens approfondis avec des drogués du « Crackberry », comme l’un d’eux l’appelle, son enquête l’a conduite à un certains nombres de conclusions pour le moins pertinentes, qui expliquent essentiellement pourquoi le phénomène est si difficile à combattre.

JoAnne Yates montre très bien en particulier combien les utilisateurs addictifs du Blackberry développent un fort sentiment de culpabilité en s’attribuant entièrement la responsabilité de ces usages désordonnés. Comme pour les drogues, on est alors le plus souvent dans le registre moral du dérèglement psychologique, alors que la réalité est en fait tout autre : outil de communication, le Blackberry constitue le support à des usages qui se définissent et se transforment collectivement. Elle montre bien par exemple, que la simple possession d’un Blackberry, entraîne de la part des correspondants d’un utilisateurs, une véritable attente - qui s’intensifie avec le temps - à ce qu’il réponde en permanence et à l’instant aux messages qui lui sont envoyés.

De la même manière, l’allongement de la durée du travail par l’intermédiaire de cet outil ne résulte pas forcément, selon elle, de la volonté des entreprises d’accroître la productivité et la disponibilité de leurs salariés par ce moyen. Elle cite au contraire le cas d’une entreprise où le Blackberry a été compris comme un moyen de leur permettre de rentrer plus tôt chez eux et de disposer de plus de temps pour leur vie familiale. C’est précisément l’inverse qui se produit : accaparés par leur outil, un certain nombre d’utilisateurs deviennent totalement indifférents à leur environnement immédiat.

Autre effet paradoxal souligné par la conférencière, le Blackberry perturbe aussi le travail au sein des entreprises elles-mêmes. Car le même isolement se retrouve dans les réunions de travail où il est parfois difficile de conduire les participants à échanger entre eux, chacun restant attaché à son outil. Pour finir, JoAnne Yates prodigue quelques conseils aux managers pour sortir de la spirale infernale du Blackberry.


Voir en ligne : MIT World