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Quechup invente le spam social

dimanche 9 septembre 2007

Une nouvelle vague de spams de grande ampleur est en train de se propager depuis quelques jours à travers Internet. Le site web qui en est à l’origine se nomme Quechup. Il s’agit d’une plate-forme sociale, un peu similaire aux plus connus Facebook, Myspace, Linkedin ou Orkut. Les plate-formes sociales sont des logiciels en ligne offrant à leurs utilisateurs de gérer via un site web leurs relations sociales par l’intermédiaire de plusieurs outils de communication. Leur intérêt croît donc, pour un utilisateur, avec le nombre de personnes de sa connaissance qui utilisent la même plate-forme que lui.

C’est sur cette propriété de base que s’appuie Quechup pour développer son activité illicite. Lorsqu’un internaute s’inscrit sur une plate-forme sociale, quelle qu’elle soit, on lui propose de scanner son carnet d’adresse pour trouver d’éventuels correspondants qui seraient déjà utilisateurs de la plate-forme. Le cas échéant, il peut demander l’envoi d’un message à ceux qui ne le sont pas pour les inciter à s’inscrire ; ce qui accroît l’utilité pour lui de la plate-forme. Dans la plupart des cas, toutes ces opérations restent sous le contrôle de l’internaute. A tout moment, il a la possibilité d’interrompre la procédure, ou de choisir à qui exactement les messages vont être envoyés. Certaines plate-formes, et Quechup est l’un d’elle, ne respectent pas cette règle. Abusant de la confiance des internautes, elles utilisent l’accès qu’elles ont obtenu aux carnets d’adresse, pour envoyer des messages commerciaux hors de tout contrôle.

L’opération est particulièrement efficace ; car les messages envoyés le sont au nom des personnes abusées. Le crédit dont elle jouissent auprès des contacts de leur carnet d’adresse s’étend aux messages et aux propositions qu’ils contiennent : une invitation à s’inscrire à son tour sur la plate-forme. Abusés dans leur confiance, les contacts répondent positivement à l’invitation et la chaîne se propage. Elle a déjà fait des ravages en Amérique du Nord, où des centaines de blogueurs se plaignent d’avoir été abusés. En France, le consultant Fred Cavazza en a été une des premières victimes. La réputation dont il jouit, et -ironie-, singulièrement sur le sujet des plate-formes sociales, a en fait un auxiliaire particulièrement efficace du piège, contre sa volonté.

Le phénomène est inquiétant. Il l’est pour les internautes car il constitue une atteinte considérable à la vie privée. Il l’est aussi et surtout pour le secteur tout entier des plate-formes sociales car il détruit irrémédiablement la propriété essentielle des relations sociales sur laquelle elles construisent leur activité : la confiance. Pour fonctionner, pour offrir les services qu’elles prétendent offrir, les plate-formes sociales demandent à leurs utilisateurs de leur confier ce qu’ils ont de plus précieux : leurs relations sociales. Elles sont tenues en retour à un comportement irréprochable sur ce point au risque de détruire la confiance qu’ils placent en elles. Mais il n’y a rien de plus fragile que la confiance. Et les forfaits de quelques-unes d’entre elles rejailliront immanquablement sur tout le secteur.

Victime d’une vague de spam envoyé en son nom à tous ses amis et relations de travail, qui acceptera à nouveau de communiquer son carnet d’adresse à une plate-forme sociale ? On voit tout l’intérêt que les entreprises du secteur ont à réagir avec la plus extrême rigueur pour éliminer dans les plus brefs délais les quelques moutons noirs qui sapent irrémédiablement les bases sur lesquels elles cherchent à créer de la valeur.


Voir en ligne : Fred Cavazza