Comprendre la révolution numérique

Accueil > Rubriques > LePost et Rue89 : deux scénarios pour explorer l’avenir de la presse (...)

LePost et Rue89 : deux scénarios pour explorer l’avenir de la presse écrite

lundi 17 septembre 2007

Après des années d’immobilisme relatif face à la révolution annoncée du journalisme citoyen, la presse écrite française a voulu montré ces derniers mois qu’elle était capable de réaction. Après le lancement d’Agoravox, portail agrégeant des informations apportées et rédigées par les internautes ; initiative lancée par Joël de Rosnay et Carlo Revelli en marge, et même contre la presse professionnelle existante, deux quotidiens nationaux ont lancé la contre-offensive : de Libération est née le site d’information Rue89.com. Le Monde quant à lui est à l’origine du tout nouveau Lepost.fr qui fait manifestement un succès d’audience.

Très différentes en terme de mode de fonctionnement et de positionnement, les deux initiatives se rejoignent sur un point : elles sont économiquement et juridiquement séparées de leur vivier d’origine. Rue89 par exemple, fondé par quatre anciens journalistes de Libération est une société autonome, vivant sur fonds propres. Lepost de son côté, est une filiale de la société Le Monde interactif. Le prestigieux quotidien de référence s’évertue pourtant à ce qu’on ne le confonde pas avec son nouveau produit participatif.

Malgré les ressemblances de surface - même indépendance par rapport à leur entreprise d’origine, même design rustique et peu avenant, les deux entreprises ont adopté des lignes éditoriales très différentes. Rue89 de son côté, fait le pari d’un futur possible pour la pratique du journalisme professionnel, et singulièrement du journalisme d’investigation. Le journal en ligne compte ainsi à son actif d’avoir démasqué Alexis Debat, un affabulateur ayant publié dans une revue de politique internationale une série de fausses interviews d’hommes politiques de premier plan, parmi lesquels Barack Obama. Ecrits par des professionnels - salariés ou indépendants -, les articles publiés sur Rue89 présentent donc des scoops, des enquêtes, des décryptages, qui témoignent d’une volonté d’en revenir aux sources du journalisme.

De son côté, Lepost fait le pari inverse : plus de journaliste, mais un « coach » ; entendez un modérateur qui oriente le flux de textes en provenance des internautes eux-mêmes. On plonge tête baissée dans le participatif, le fameux web 2.0 dont on dit qu’il tuera la presse professionnelle. Tous les ingrédients sont présents : les user generated contents, bien sûr, mais aussi les groupes, les systèmes de partage, de signalement et de vote dont toute plate-forme participative dispose aujourd’hui. Après quelques jours de fonctionnement, le résultat est là : un flux d’information continu d’où émerge le sensationnel, le superficiel et le trash. Actuellement, on peut y visionner une vidéo montrant Pluto poursuivant un enfant à Disneyland, le baromètre des favoris du Mondial de rugby, une passionnante enquête sur un corps sans tête retrouvé dans une rivière ou encore des statistiques sur les ronflements nocturnes...

A leur manière, Rue89 et Lepost dessine les contours de deux avenirs possibles pour les entreprises de presse à l’heure d’Internet : ou bien le retour à un journalisme resserré sur le métier de base, avec une structure légère de diffusion par le biais des réseaux, ou bien au contraire une dissolution de la pratique journalistique et le basculement vers un pur management de la communication sans contenu.


Voir en ligne : Lepost

Messages

  • Bonjour,

    Je m’appelle Arnaud Aubron et je suis l’un des fondateurs de Rue89. Votre réflexion sur Rue89 et Le Post ne manque pas d’intérêt mais elle repose malheureusement sur un postulat entièrement faux.
    En effet, Rue89 n’est en rien la « contre-offensive » de Libération au web 2.0 comme vous le prétendez. Je dois vous rappeler que nous avons tous les quatre été licenciés économiques (sur la base du volontariat certes) de Libé et que nous sommes actuellement chômeurs-créateurs d’entreprise. Le capital a été constitué à partir de nos indemnités de licenciements et des fonds apportés par des proches.
    Notre projet s’est monté entièrement en dehors de Libé et la majorité de l’équipe n’est pas issue du quotidien.
    Les points de rapprochement que vous évoquez entre Le Post et nous sont donc non-pertinents de ce point de vue.

    • Bonjour,

      la formulation : « Rue89 par exemple, fondé par quatre anciens journalistes de Libération est une société autonome, vivant sur fonds propres » est assez claire, il me semble, et vient préciser les phrases précédentes qui pourraient effectivement apparaître relativement ambigües.

      Merci toutefois d’avoir précisé dans le détail les relations qui ne vous unissent pas à Libération en tant qu’entité économique. Je ne peux m’empêcher toutefois de penser que les deux initiatives sont issues de la presse écrite, que ce soit par le biais d’une société dans un cas, de personnes dans l’autre, et qu’à ce titre, elles constituent bien une contre-offensive de la presse professionnelle en tant que milieu social et professionnel par rapport à la vague du journalisme citoyen.

    • La précision apportée par les créateurs de LePost méritait d’etre connue. C’est une chose d’etre une émanation d’une entité encore solide et supporté par elle. C’en est une autre de démarrer seuls et à zéro.

  • Le Web 2.0 qui crée la participation des internautes est selon moi le ciment et les fondations des journaux quotidiens français du futur .

  • La différence d’intérêt entre la presse écrite et la presse web est que le courrier des lecteurs accompagne, en temps réel, l’information. Je lis toujours avec intérêt le courrier des lecteurs, qui reflète l’opinion du lectorat. Avec la formule LePost, certains s’y sont fait une sorte de blog. Je compte en faire autant.

    Le courrier des lecteurs, dans une telle formule, peut l’emporter sur la partie informationnelle. On obtient un sondage permanent de l’opinion sur tous les sujets. Nul doute que la presse, comme expression de l’opinion publique, n’y gagne.