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Birmanie : Internet en bouée de sauvetage de l’information

jeudi 27 septembre 2007

Au moment où la junte militaire birmane semble avoir décidé d’ouvrir un nouveau cycle de répression à l’encontre des manifestants qui s’opposent à elle dans plusieurs villes du Myanmar, un certain nombre d’articles de presse mettent en évidence le rôle que joue désormais Internet dans la diffusion de l’information à l’extérieur du pays sur les événements qui s’y déroulent.

Les nouveaux moyens de communication apparaissent en effet comme un bon moyen de contourner la censure que subit le pays. Installé depuis longtemps et extrêmement puissant, le pouvoir militaire en place contrôle en effet de manière très efficace tout le secteur de l’information et veille à ce qu’aucune nouvelle ne filtre à l’extérieur. Il avait fait la démonstration de cette capacité de contrôle lors des émeutes de 1988 dont la répression avait causé la mort de plusieurs milliers de personnes. A cette époque, le monde extérieur n’avait pas su grand-chose de ce qui s’était passé.

La plupart des observateurs sont frappés des différences avec la situation aujourd’hui. De nombreuses photographies et vidéos amateures filtrent en permanence et sont reprises par les médias internationaux. Par mails, via des blogs, des forums et des réseaux de discussion, les témoignages abondent quasiment au même moment où les événements se déroulent.

On ne peut pourtant s’en tenir à ce niveau d’analyse ; car s’il est vrai qu’Internet est un moyen nécessaire pour contourner la censure, il n’est en rien suffisant en soi. Un article paru sur le blog du Berkman Center for Internet and Society montre bien en effet le rôle que jouent les réseaux humains pour la transmission de l’information. Dans le pays d’abord, il semble que des groupes d’étudiants experts dans la manipulation des outils technologiques se soient organisés pour « couvrir » les manifestations se déroulant dans les deux premières villes du pays. A l’extérieur ensuite, la diaspora birmane, organisée en réseaux plus ou moins structurés, joue un rôle essentiel de relais de l’information, en réceptionnant les images et les textes, et en les relayant ou bien directement sur des blogs, ou bien auprès des médias internationaux.

C’est finalement sur eux que repose l’utilité de tous ces efforts. Car les images, les témoignages diffusés à l’extérieur du pays ne le sont pas à l’intérieur des frontières. Cette information ne sert donc pas tant à mobilier la population qu’à alerter la communauté internationale à qui il appartient d’agir, de l’extérieur, sur le pouvoir en place.

D’un point de vue strictement matériel maintenant, on remarque que l’essentiel de l’information est diffusée par l’intermédiaire des deux cents cybercafés qui sont restés encore ouverts à Rangoon et Mandalay. Tout ce réseau repose donc sur des bases extrêmement fragiles puisqu’il est très facile au pouvoir de fermer ces espaces. Des mesures commencent d’ailleurs à être prises pour restreindre les communications par Internet et téléphone portable.

Une anecdote relevée dans un article paru sur le site de la BBC mérite d’être relevée. Selon certaines informations, un manuel d’utilisation des outils de publication sur Internet publié par l’organisation Reporters sans Frontières à destination des cyber-dissidents semble être utilisé, photocopié et circuler dans les milieux étudiants. Preuve supplémentaire, s’il en était besoin, que la liberté d’information ne naît pas toute seule des ordinateurs et des tuyaux, mais ne peut se développer qu’au sein d’un complexe socio-technique fait d’outils, mais aussi de réseaux humains, de formation et de compétence, de dispositifs médiatiques, et surtout, d’une conscience internationale qui veille à ce que toutes ces éléments demeurent libres.


Voir en ligne : BBC