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Le paysage français de la presse en ligne explose

lundi 1er octobre 2007

Après Agoravox, portail d’actualités collaboratif, après Rue89.com, un concurrent fondé par d’anciens de Libération et LePost.fr, l’équivalent développé par Le Monde, le paysage de la presse en ligne est de nouveau secoué par l’arrivée de deux nouveaux venus qui explorent de nouveaux modes de publication.

Nonfiction.fr d’abord, pour le haut de gamme. Il s’agit d’une revue d’idées en ligne fondée par Frédéric Martel, journaliste et essayiste, qui tente ici de réaliser l’équivalent français de la prestigieuse New York Review of Books. Collaborative dans une certaine mesure, la revue choisira ses auteurs dans un vivier de jeunes universitaires, à ce qu’on peut lire dans la presse. A l’heure où nous écrivons, le site censé ouvrir ses portes le 1er octobre, n’est toujours pas actif.

Signalons par ailleurs l’arrivée sur le marché des magazines en ligne, du tout nouveau Obiwi, consacré cette fois-ci à la vie quotidienne et aux loisirs. Fondé par deux spécialistes de la presse en ligne, le nouveau magazine parie, contrairement aux initiatives précédentes, sur la motivation que produirait un système de rémunération des contributions clairement établi. Ainsi, à chacune de leurs actions (qualification de l’information, commentaire, suggestions de sujets), les utilisateurs enregistrés sont récompensés par l’attribution de points leur permettant d’accroître leur visibilité sur la plate-forme et d’intensifier leur participation : publication d’articles, puis modération d’autres rubriques, voire responsabilité de rubrique. A terme, les contributeurs les plus assidus pourraient se voir proposer une rémunération en euros et non en points, en échange d’un engagement en terme de régularité.

La grande question que pose l’ensemble de ces initiatives, est celle de la viabilité économique. La multiplication des titres au cours des derniers mois n’est en effet que la conséquence d’un phénomène souterrain mais massif : l’explosion du marché publicitaire en ligne qui résulte d’un mouvement de bascule de plus en plus marqué de la part des annonceurs des médias classiques (presse écrite, radios et télévision, affichages) vers les nouveaux. Il reste que, étant donné la faiblesse de la rémunération publicitaire au clic ou à la page vue, un site ne peut espérer dégager des revenus suffisants que s’il bénéficie d’une (très) forte audience. Combien de magazines en ligne, de plate-formes d’actualités collaboratives, de revues haut de gamme le marché français sera-t-il capable de supporter dans les prochaines années ? Nul ne le sait encore. Nul ne sait surtout si la place que vont prendre les très grosses plate-formes internationales, qui tirent aussi leurs revenus de la manne publicitaire, laissera un espace suffisant à ces petites initiatives indépendantes pour leur permettre de survivre dans un environnement dont on a vu la tendance centripète.

Pour l’instant en tout cas, la multiplication des publications en ligne, souvent à l’initiative de journalistes ou entrepreneurs de la presse écrite, témoigne d’un véritable sauve qui peut dans ce secteur. Les prédictions les plus alarmistes qui prévoyaient une disparition dans les prochaines années des journaux les plus établis sous la forme que nous leur connaissons semblent se réaliser.


Voir en ligne : Sébastien Bailly

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