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L’informatique a-t-elle un sexe ? Hacker mythes et réalités

mercredi 17 octobre 2007

L’Académie des Sciences Morales et Politiques a attribué cette année le prix Marcelle Blum à une chercheuse en sciences de l’éducation, Isabelle Collet, pour son ouvrage L’informatique a-t-elle un sexe ? Hacker mythes et réalités.

L’auteure y fait le constat et tente d’expliquer un grave déséquilibre entre les sexes dans les filières professionnelles de l’informatique en France. Contrairement aux idées reçues, affirme-t-elle, ces professions n’ont pas toujours été aussi masculines qu’elles le sont actuellement. Une analyse de la répartition garçons-filles dans les écoles d’ingénieurs spécialisées sur ces métiers montre en effet qu’après un début de rééquilibrage dans les années 80, avec près de 20% de filles dans les promotions de ces années, la proportion est aujourd’hui retombée à un peu plus de 10%, au niveau où il était dans les années 70.

C’est la théorie explicative de ce déséquilibre qui est surtout intéressante dans cet ouvrage. Isabelle Collet s’attache en effet à comprendre le poids des représentations stéréotypées - des mythes -, dans les mécanismes psychologiques qui président à l’orientation professionnelle. Elle montre que les représentations des métiers de l’informatique chez les jeunes adultes est dominée depuis le début des années 80, par le mythe du hacker, bidouilleur de génie au comportement anti-social. L’efficacité de ce mythe correspond à une réalité sociale, celle du développement au cours de la même période de l’informatique personnelle, permettant à toute une génération de garçons de pratiquer une activité intense de loisirs autour de la programmation informatique.

Le phénomène le plus intéressant semble être le décalage entre ces représentations mythifiées qui jouent dans l’orientation professionnelle, et la réalité des métiers de l’informatique. Tandis que le mythe du hacker valorise le développement informatique, c’est-à-dire l’écriture du code, cette activité est loin d’être prédominante dans le quotidien de ces métiers. Ainsi peut-on constater un renforcement entre des représentations sociales générales qui attribuent la gestion des relations sociales au filles et les activités techniques aux garçons, et le mythe du hacker qui vient actualiser et rendre efficaces ces représentations pour une profession particulière.

Le prix Marcelle Blum est attribué par l’ASMP pour distinguer et envourager des recherches en psychologie féminine.

On peut retrouver une partie de l’argumentation de cet ouvrage dans un article publié en juin dernier dans Le Monde Diplomatique. D’autres publications et références peuvent être trouvées sur le site de l’auteure.


Voir en ligne : Liens Socio

Messages

  • Bonjour,

    Je trouve votre interprétation trés intéressante. Je suis moi-même une femme ingénieur en informatique des années 80, j’ai pu constater les changements que vous mentionnez au quotidien au sein des entreprises. J’ai en ce qui me concerne une autre interprétation de ce phénoméne que j’ai pu vérifier auprés des jeunes filles de 18/20 ans. Je crois que l’informatique n’a pas fait de réelle place aux femmes, les postes de direction sont essentiellement masculins et en plus pour arriver à progresser nous avons dû à poste égal travailler beaucoup plus, ce travail est trés dur, trés stressant, trés prenant, il ne laisse pas beaucoup de temps aux loisirs et au repos, il mobilise l’esprit énormément si on veut le faire passionnément. De ce fait, nous les femmes nées dans les années 1960 avons donné aux jeunes filles nées en 1985-1990 une vision pas trés attirante de ce métier, des femmes mobilisées, peu disponibles pour leurs enfants, des femmes « esclaves » d’un métier qui leur a pris beaucoup et leur a donné trés peu en retour. J’ai beaucoup discuté avec des jeunes filles trés brillantes qui ont refusé catégoriquement ce métier à cause de l’image véhiculée par leurs parents, un métier déshumanisé. Les jeunes filles sont aujourd’hui attirées par autre chose, plus d’échanges humains dans les relations sociales, plus de loisirs, travailler : oui, mais pas se perdre dans le travail, et pour elles l’informatique rime avec oubli de soi et des siens.
    Voilà, ma vision des choses.

    Cordialement,

    Catherine

    • Bonjour,

      Je suis chargée d’études dans un cadre de recherche, amenée à produire et diffuser en ligne, des documents. Dès qu’il s’agit d’utiliser un outil d’édition électronique, de plus en plus facile grace aux nouveaux CMS, les directions hiérarchiques se dirigent spontanément vers des « hommes » toutes les propositions restent lettre morte. Une collègue connu dans le service pour sa compétence dans ce domaine a été sollicitée pour assurer un poste contractuel de ...secrétariat alors que l’équipe avait besoin d’un effectif plus important pour les technologies de l’information.
      Ayant déjà été enseignante, je trouve que ces métiers ne sont pas plus contraignants pour les femmes qui ont des enfants. Les vacances scolaires ne sont pas un bon argument car j’arrive à prendre une semaine à chaque période de vacances et je fais garder mon enfant la deuxième semaine.
      On voit bien que les stéréotypes ont de beaux jours...courage les filles tous les métiers sont beaux quand on les aime et si on ne cherche pas à les découvrir on ne peut pas les aimer ! Ne vous laissez pas faire !!!

    • Je ne suis pas ingénieure informatique mais travaille « dans le multimédia » depuis plus de 15 ans, et je confirme ce que dit Catherine, à la fois sur la difficulté à s’imposer (combien de fois un homme a-t-il commencé à essayer de m’expliquer avec patience quelque chose dont il ne pouvait imaginer que je le connaissais, puisque j’étais une femme...), et le côté prenant voire addictif de cette activité, qui donne peu envie à nos filles de nous emboîter le pas...

      Voir en ligne : http://www.archicampus.net/wordpress

    • BONSOIR CATHERINE je suis une jeune fille de 14 ans et je trouve que linformatique est un merveilleux domaine.ça ne me passionne pas beaucoup certes mais jai quand méme une envie de voir les autres filles sy intresser sy accrocher mais ici on n’en parle pas beaucoup que se soit pour les mecs ou les nanas.

  • Bonjour,

    je finis par trouver pénible cette tendance pseudo-positiviste chez de nombreux universitaires français à chercher constamment à démystifier ce qui relève des croyances du sens commun. Depuis les croisades contre le mythe du bon sauvage, ça revient systématiquement chez nos braves universitaires. Dès qu’il y a des pratiques un peu horizontales et underground dans l’air, qui viennent remettre en cause la hiérarchie pesante et monolithique du système universitaire et scientifique, il y a toujours des hardes de missionnaires démystificateurs qui entrent en scène !

    Mais plutôt que de continuer à démystifier les croyances communes, tel les moines d’autrefois qui voulaient convaincre les pauvres païens incultivés qu’ils se sont engagés dans la voie des ténèbres, je serai partisan que ces néo-moines universitaires commencent d’abord par tenter de se libérer des mythes qui constellent leur discours universitaire et leurs pratiques professionnelles. Ca me parait être une condition préalable on ne peut plus nécessaire avant de s’en prendre aux mythes de la populace. Ou alors, ils n’ont qu’à démystifier le mythe de la hiérarchie omniprésente et du marché pur et parfait, je pense qu’il y a plus de boulot à faire dans ce sens...

    Plus sérieusement, la plupart de ces études « démystifiantes », qui se drapent du pseudo-sérieux scientifique, s’appuient elle-même sur des données peu fiables, partielles et partiales, ce qui les rend finalement assez proches des mythes qu’elles entendent combattre. Et il n’y a bien que l’autorité professionnelle (le diplôme) qui finit par conférer une crédibilité à ces mythes scientifiques (feyerabend a écrit pas mal de choses à ce sujet. Pour ceux que ça intéresse, je conseille, une connaissance sans fondements, 1999).

    Bref, dès lors qu’un scientifique prétend démystifier quelque chose, restez sur vos gardes ! Il ne fait souvent que prendre parti pour une controverse, et tente de casser le camp adverse en l’accusant d’idéologie ou de mythe !

    Ce qui ma foi, n’est guère sérieux.

  • Intéressantes questions mais je pense que l’informatique est bi ! sexe