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Le secrétariat d’Etat à l’économie numérique fait pschit

mercredi 19 mars 2008

Au lendemain de la sévère défaite enregistrée par la majorité présidentielle aux élections municipales, le remaniement ministériel tant attendu a enfin été annoncé. En fait de remaniement, il s’agit pour l’essentiel d’ajustements à la marge. Les milieux professionnels des nouvelles technologies réclamaient depuis plusieurs mois un interlocuteur qui leur faisait cruellement défaut au sein du gouvernement . La presse se faisait l’écho de la possible création d’un « ministère de l’Internet », puis, plus sérieusement d’un secrétariat d’Etat pour l’économie numérique. Les uns et les autres en sont pour leurs frais. Car si cet intitulé fait bien son entrée au gouvernement, il n’est qu’une attribution supplémentaire de l’actuel secrétaire d’Etat à la prospective et à l’évaluation des politiques publiques. Ceux qui s’interrogeraient sur la cohérence d’un paquet d’attributions aussi diverses ne seront sans doute pas rassurés d’apprendre que leur détenteur, Eric Besson, n’a apparemmentpas d’expérience particulière dans ce domaine. Le secrétaire d’Etat, ancien membre du Parti Socialiste ayant fait défection en pleine campagne présidentielle pour rejoindre les rangs de Nicolas Sarkozy, aura donc fort à faire alors que la France est un pays où ce secteur est moins développé que chez ses voisins européens. A titre d’exemple, la récente proposition avancée par le chef de l’Etat, consistant à taxer les communications Internet pour financer la télévision publique en lieu et place de la publicité dont il a annoncé la suppression pour ces chaînes, illustre bien la manière dont les nouvelles technologies y sont considérées.

Léger et à la marge sur le fond, le remaniement annoncé hier soir se double de changements beaucoup plus profonds en ce qui concerne le dispositif de communication mis en place autour de Nicolas Sarkozy. Le départ attendu du porte-parole de l’Elysée est complété parcelui de Marc-Georges Benamou, jusqu’ici en charge de la communication culturelle à l’Elysée. On remarquera parmi les nouveaux venus, l’arrivée de Nicolas Princen, un jeune normalien de 24 ans, chargé tout spécialement de la veille Internet pour l’Elysée. Sa nomination a déjà provoqué une vive polémique dans la blogosphère où s’expriment de nombreuses craintes concernant les menaces sur la liberté d’expression que cette nomination pourrait signifier. Ce n’est évidemment pas la mise en place d’une veille Internet à l’Elysée qui permet de fonder ces craintes. Il n’y a rien d’anormal, et tous les partis politiques le font aujourd’hui, à suivre ce qui se dit des différents leaders politiques sur la Toile et singulièrement au sein de la blogosphère, qui joue un rôle croissant dans le processus de construction de leur réputation. Le problème, dans ce cas précis, réside plutôt dans l’attitude de Nicolas Sarkozy, qui a montré dans un passé récent, qu’il n’hésitait pas à s’attaquer à des éditeurs, des organes de presse, ou des journalistes pour tenter de contrôler l’image publique qu’il veut donner de sa personne, et particulièrement de sa vie privée. Dans ce contexte, et avec l’historique qui est le sien, le chef de l’Etat ne peut en effet qu’alimenter les craintes par cette nomination, alors que le Web a jusqu’à présent plutôt échappé à l’influence qu’il exerce, par ses amitiés ou ses menaces, sur bien d’autres médias.


Voir en ligne : Nicolas Sarkozy remanie l’Elysée plutôt que le gouvernement