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Répression au Tibet et censure en ligne

mercredi 26 mars 2008

La féroce répression par les autorités chinoises des manifestations tibétaines a occupé la une des journaux de cette semaine. Il est bien évident que la vision des événements tels que la presse chinoise les rapporte est quelque peu différente. Cette crise aura été l’occasion de constater aussi l’efficacité grandissante de la censure chinoise sur les moyens de communication numérique. Web 2.0 oblige, ce sont les vidéos postées par les internautes sur le portail Youtube en particulier mais pas seulement, qui auront fait les frais de ce contrôle, rapporteLe Monde.

01.net met en évidence la finesse avec laquelle il s’exerce d’ailleurs, puisque les autorités réussissent désormais à « caviarder » directement les textes et photos publiés par les sites filtrés.

Plus inquiétant, cet événement fait l’objet d’une véritable contre-offensive sur des portails comme Sina.com et des forums de discussion, puisque s’y multiplient des messages violents, voire des appels au meurtre contre les tibétains, provenant d’internautes chinois. Ce phénomène de « haine 2.0 » si l’on peut dire, trouve son point d’aboutissement avec la publication d’avis de recherche accompagnés de photos d’émeutiers, sur les portails Yahoo ! et MSN dans leur version chinoise, selon France24.

La cyber-manifestion que le réseau Reporters sans frontières a organisé quelques jours auparavant tombe à pic. Cette opération baptisée « 24h contre la censure », dénonçait « la censure exercée par certains gouvernements et réclamer plus de libertés sur Internet », dont la Chine, bien évidemment, mais pas uniquement. Ce fut aussi l’occasion pour l’organisation de défense des droits de l’homme, de mettre à jour son Guide pratique du cyberdissident , sorte de manuel expliquant comment utiliser les outils de communication sur Internet comme les blogs, pour accéder à une parole libre dans les pays où elle est sévérement contrôlée.

Il est difficile de comparer la censure que des pays comme la Chine, la Lybie et l’Arabie Saoudite exercent, avec la situation d’un pays comme la France. En France pourtant, comme aux Etats-Unis ou d’autres pays occidentaux, les blogueurs sont quelquefois menacés, rarement par leur gouvernement, mais plutôt par des entreprises privées soucieuses de contrôler leur image. L’arme que ces dernières utilisent principalement est alors la lettre de menace envoyée par un cabinet d’avocat, exerçant par là, un véritable terrorisme juridique à l’encontre de ceux que l’on veut faire taire. Ceux-là devraient alors lire un récent billet de l’avocat-blogueur Maître Eolas donnant des conseils sur l’attitude à adopter en pareil cas. Son billet fait d’ailleurs suite à une très utile mise au point sur les véritables responsabilités du blogueur en droit français.


Voir en ligne : Ars Technica

Messages

  • Tout billet parlant de la censure en Chine devrait faire la pub de Psiphon
    Jean-Marie Le Ray

  • Je peux témoigner rapidement sur les pressions des sociétés privées.

    Sur un précédent blog, j’ai décortiqué un message de spam, en remontant les addresses IP, en analysant les URLs, jusqu’à identifier physiquement la société qui m’envoyait ces spams, et son propriétaire.

    J’ai ensuite utilisé les numéros SIREN pour montrer que cette personne menait ses affaires de telle manière qu’après quelques mois d’activité, la société tombait en redressement judiciaire, et qu’à ce moment-là la personne créait un commerce différent.

    C’est une technique assez connue chez les escrocs : remplir le carnet de commande, faire faillite, recommencer. Je l’ai rédigé, prouvé avec ce que j’avais, et en réponse à un courriel commercial non sollicité, ce qui valait provocation.

    La personne m’a écrit, menaces peu sérieuses mais mention d’un constat d’huissier, etc. Par prudence j’ai tout viré ; aujourd’hui, je laisserais tout, avec comme seule défense l’exception de bonne foi.

    Voir en ligne : Fr.