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Révolutions discrètes dans les milieux de l’enseignement

jeudi 27 mars 2008

Les relations entre les enseignants et Internet sont souvent vues sous l’angle du choc des civilisations. D’un côté on aurait le royaume de l’ordre et de la hiérarchie, de la transmission unilatérale de savoirs constitués, de l’autre le bazar, l’anarchie, la polyphonie participative. En France, des philosophes comme Alain Finkelkraut se sont faitles spécialistes de ce genre d’opposition, voyant là deux univers intellectuels totalement irréconciliables.

Au delà des slogans, plusieurs signes indiquent pourtant que des mutations profondes sont à l’oeuvre. Récemment, le blog Ecrans de Veille en Education, faisait le point sur l’usage des wikis dans les pratiques éducatives dans un billet qui faisait suite à une formation organisée par l’Institut National de la Recherche Pédagogique sur le sujet :« La production collaborative de contenus : quelles pratiques pédagogiques ? ». Le sujet est en effet fondamental, car s’il est vrai que les conditions de production de connaissances ont profondément changé dans la société de l’information, alors il faut bien que l’Ecole prépare ceux qui s’y intégreront aux pratiques qui lui sont propres : partage de l’information, co-production des connaissances, travail collaboratif.

A un tout autre niveau, plusieurs initiatives montrent que le corps enseignant est bien moins rétif qu’on ne le dit au nouveau paradigme qui s’annonce. On peut évoquer par exemple Sésamath, un manuel de mathématique entièrement conçu par les professeurs de mathématique de manière collaborative et publié sous licence libre. Le portail Framasoft publie ces jours-ci un passionnant entretien avec Sébastien Hache, un des membres fondateurs de cette initiative. Il montre bien comment ce genre de projet repose en fait sur toute une ingénierie du travail collaboratif, où les wikis jouent là encore un rôle important.

Relevons au passage la remarque de Sébastien Hache sur l’absence totale de soutien venant de l’Institution. Voilà qui jette une lumière bien intéressante sur les slogans modernisateurs et réformateurs qu’elle jette à l’encontre d’un corps enseignant censé rester engoncé dans ses habitudes. Sésamath montre peut-être que les archaïsmes ne sont pas forcément là où on le croit. Plus profondément, on peut s’interroger sur le parti que veut prendre l’Instition, alors que des initiatives de ce type remettent forcément en cause la domination du très lucratif marché des manuels scolaires par quelques grands éditeurs commerciaux.


Voir en ligne : Framasoft

Messages

  • Bonjour

    Je confirme cette opinion...oui de nombreux professeurs s’engagent dans un profond changement de pratiques et de paradigmes...c’est en tous cas ce que j’ai le privilège de vivre tous les jours avec les acteurs du réseau Apprendre 2.0 http://apprendre2point0.ning.com/...c’est un processus long et complexe mais j’ai confiance en l’avenir : il est en marche !

    Voir en ligne : Réseau francophone Apprendre 2.0

  • bonjour et merci de ce CR.
    Juste 2 réactions rapides :

    1/ la commande n’était pas « pédagogique » pour l’intervention sur Wikipédia, mais bien éditoriale... la 2e intervention que j’avais proposée, sur ce point précisément, n’a pas été retenue...

    Mais il y a à parier que les occasions d’aborder cette question vont se multiplier... Et c’est l’objet de mon 2e point :

    2/ pour info, le groupe Compas organise ce mercredi 9 avril un atelier « wiki et éducation » à l’ENS rue d’ULM, animé par Bastien Guerry. Il y sera notamment question de Vikidia, de Wikiversité et de Wikiprof.
    L’atelier est ouvert à toutes les personnes intéressées par les wikis et leur dimension pédagogique, que ce soit à l’école ou dans tout autre contexte.

    • Si je peux me permettre une remarque sur ce site (vikidia) qui se présente comme une encyclopédie, je ne vois pas comment un enfant de huit ans pourrait y participer (le site est indigeste et beaucoup trop compliqué !). Quant à l’utiliser comme une simple source d’informations, je n’y vois vraiment pas d’intérêt (au contraire, un danger !). Les articles contiennent plein d’absurdités, alors que l’encyclopédie Larousse en ligne vient d’annoncer qu’elle serait bientôt gratuite. Pour moi, l’intérêt d’un wiki pour les enfants, serait justement de les inciter à écrire et de collaborer... pas d’y lire des pseudo-définitions écrites par des adultes anonymes. Des projets comme http://wikimini.org (encadré par une vraie équipe pédagogique), http://www.kidadoweb.com/encyclopedie-enfants ou encore http://minipedia.fr paraissent de fait bien plus intéressants.