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Un tournant dans la guerre des formats bureautiques

lundi 7 avril 2008

La presse spécialisée s’en est largement fait l’écho : le format de documents bureautiques OOXML développé par Microsoft vient d’être accepté comme norme internationale par l’ISO. C’est en septembre dernier que les grandes manoeuvres avaient véritablement commencé, comme Homo Numericus le rapportait alors. Après un premier tour de vote négatif, Microsoft, ou plutôt son représentant Ecma, porteuse de la demande de certification, a dû revoir sa copie. Selon les informations publiées par le MagIT, les améliorations proposées par Ecma ont consisté à, d’une part, séparer le format en deux parties - un coeur et une annexe dédiée à la compatibilité avec les formats antérieurs Microsoft - et à promettre la constitution d’un groupe de travail consacré à l’interopérabilité avec l’autre norme ISO pour le formats bureautiques, ODF.

Les questions de fond posées par la présence de désormais deux normes internationales partiellement incompatibles de formats bureautiques restent ouvertes et sont pour la moins difficiles à démêler. Pour autant, ce n’est pas cette question qui focalise l’attention des commentateurs aujourd’hui. Il s’agit bien plutôt des conditions dans lesquelles le vote final sur OOXML s’est fait. De très nombreux témoignages font en effet état d’irrégularités diverses dans les différents pays ayant pris part au vote. Ainsi, de la Norvège, qui a émis un vote positif alors que la plupart des techniciens composant son comité ont voté contre. Ainsi de la France, au coeur d’une intense polémique sur le rôle joué au sein de l’Afnor par les deux représentants de l’administration. Ainsi de la Pologne où les abstentions auraient été comptabilisées comme des votes favorables. L’intense travail de lobbying effectués par Microsoft, mais aussi d’autres acteurs soutenant ODF, auprès de plusieurs de ces instances est pointé du doigt. Aux dernières nouvelles, il semblerait quela Commission Européenne soit décidée à mener une enquête sur la manière dont ce vote s’est déroulé.

Finalement, de l’aveu de la plupart des observateurs, c’est l’organisme de certification ISO qui semble avoir perdu de la crédibilité dans cette affaire en adoptant une norme internationale qui, loin d’être le résultat d’un consensus au sein de la profession, fait toujours l’objet de vives polémiques.


Voir en ligne : Le Monde