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Quis custodiet ipsos custodes ?

vendredi 11 avril 2008

Riche actualité cette semaine concernant la mise en place d’une société de surveillance, objet de craintes de plus en plus nombreuses et vives. On peut signaler pour commencer une parution, celle d’un petit ouvrage intitulé Sous Surveillance ! écrit par une géographe spécialiste des technologies de l’information et un consultant en observation spatiale. Il s’agit, pour les deux auteurs, de tenter de démêler le mythe de la réalité concernant un sujet qui provoque peurs et fantasmes.

Le glissement progressif de notre époque vers une paranoïa globale fait justement l’objet d’un colloque en ce moment même au Palais de Tokyo. Très intéressant, le programme incite en effet à mettre en relation tous les éléments qui la nourrissent : vidéo-surveillance, environnements intelligents, puces RFID, bases de données biométriques, etc.

Sur un plan plus concret, c’est le déploiement programmé d’un nombre toujours plus important de caméras de surveillances dans nos rues qui a fait l’objet d’une actualité des pouvoirs publics cette semaine. Le Ministre de l’intérieur Michèle Alliot-Marie avait en effet déclaré il y a quelques mois vouloir tripler le nombre de caméras en fonctionnement dans les deux prochaines années. Cette semaine, la CNIL lui répond. En réclamant en effet par une lettre publique envoyée au Ministre, que le vidéo-surveillance tombe désormais dans son domaine de compétence la commission Informatique et Libertés affirme fermement que la généralisation des systèmes de surveillance ne peut de faire sans une certaine....surveillance. Bref, c’est le classique « qui gardera les gardiens eux-mêmes » de Juvénal qui revient en force.

Peurs d’un côté, généralisation du système de surveillance de l’autre, inquiétudes par rapport à ce mouvement ; le tableau ne serait pas complet s’il ne faisait état d’un phénomène assez étrange et qui est assez peu évoqué : c’est l’acceptation et la demande par les populations elles-mêmes de ces systèmes de surveillance. Ainsi, selon l’enquête d’opinion commandée par la CNIL, près de 71% des Français se déclareraient favorable au déploiement de caméras de vidéo-surveillance. Ce sondage fait écho à une autre enquête, très curieuse, présentée récemment par le Pew Internet & american life Project, montrant qu’une majorité de chinois approuvent la surveillance de l’Internet par leur gouvernement, contrairement à ce qu’on pourrait croire (avec toutes les réserves d’usage concernant ce type d’enquête mené dans un pays où la liberté d’expression n’est pas respectée).

Mais si les Chinois sont bien confrontés à un système de surveillance de type Big Brother, il n’en va pas forcément de même dans des pays plus démocratiques. Ainsi, pour Jan Chipchase dont Internet Actu rapporte les propos, il faudrait moins se méfier des méfaits d’un éventuel Big Brother que de ceux d’une « little sister ». Une société non pas de sur-, mais de sous-veillance ; c’est ce qui nous attend si nous continuons à céder à la pression sociale et technologique qui nous encourage à rendre public chacun de nos actes de notre vie quotidienne. Les logiciels sociaux, le développement du « micro-blogging » et du « lifecast » que Fred Cavazza a récemment analysé sur son blog sont autant de vecteurs de cette société très particulière qui nous attend...pour notre plus grand contentement à ce qu’il semble.


Voir en ligne : Lettre de la CNIL

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