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Economie 2.0 : nuages en vue !

mardi 3 juin 2008

C’est la question que nombre de blogueurs commencent à se poser à la suite d’un court article paru ces jours-ci dans le Financial Times et sobrement intitulé : « Le Web 2.0 ne rapporte pas d’argent ». Pour le célèbre journal britannique, il commence à devenir clair, alors que le mouvement du web participatif a été lancée il y a plus de quatre ans, que la plupart des entreprises qui ont développé leur activité dans ce domaine n’ont toujours pas trouvé de modèle économique.

Or, le ralentissement de l’économie américaine risque fort d’avoir des répercussions sur le niveau d’investissements nouveaux dans ce secteur, jusqu’alors toujours en croissance. L’illusion dissipée, nombre d’entreprises seront conduites à fermer leurs portes, selon les analystes interrogées par le Financial Times. Pourtant, conclut l’article, l’adoption par un nombre croissant d’utilisateurs de nouveaux services, comme Twitter, sont le signe d’une augmentation globale et rapide des usages sociaux en ligne dans une part croissante de la population ; signe qu’en ce qui concerne les usages, le Web 2.0 représente une réalité qui n’est pas artificielle.

Ce qui semble artificiel en revanche, c’est la multiplication accélérée de nouveaux services Web 2.0 toujours plus pointus. Le blog Techcrunch s’est fait une spécialité d’en suivre l’actualité, et la vitesse avec laquelle ils surgissent ressemble de plus en plus à ce qui s’est passé avant l’éclatement de la bulle Internet en 2000 : toujours plus de start-ups, offrant des services toujours plus improbables, avec des perspectives de rentabilité toujours aussi nulles.

Pour en revenir plus précisément à la question du modèle économique, plusieurs éléments inquiétants semblent se conjuguer. Ainsi par exemple, Read Write Web rapporte que l’affaiblissement de la croissance économique aux Etats-Unis entraîne une diminution des revenus publicitaires en ligne dans ce même pays, ce qui est une situation nouvelle : habituellement, les périodes économiques plus difficiles étaient plutôt favorable à la publicité en ligne, réputée moins chère que son équivalent dans la presse écrite ou les médias audio-visuels.

Plus profondément, c’est toute la logique de production de contenus propre au Web 2.0 qui semble remise en cause. Car si les UGC (« user generated contents ») alimentent un usage communautaire des sites et services, il semble malgré tout difficile de se passer totalement des contenus produits par les industries culturelles pour obtenir de grosses fréquentations. Or, la mise en relation, sur les plate-formes collaboratives de l’un et de l’autre est aujourd’hui empêché par plusieurs éléments : d’abord, le droit d’auteur qui restreint les usages sur les oeuvres. Ce n’est pas un hasard si l’un des promoteurs du Web 2.0, Michael Arrington a récemment demandé sur son blog Techcrunch une révision de la loi sur le copyright. Cette mise en relation est ensuite empêchée par l’absence de modèle de rétribution dans l’état actuel des choses. Récemment interrogé par Ecrans, Gilles BianRosa qui tente de développer un réseau de peer to peer payant l’a récemment confirmé : la demande pour des contenus audio-visuels payants sur ce type de réseau est encore quasiment nulle.

On pourrait évoquer pour finir la question des réseaux sociaux. Le cas de Facebook illustre bien tout le paradoxe et le cul-de-sac économique dans lequel le Web 2.0 semble s’être empêtré. Concurrencé par l’initiative Open Social proposée par Google, la plate-forme est face à un dilemme : jouer la stratégie inverse, en fermant son réseau sur lui-même, ou l’ouvrir, sur le même modèle qu’OpenSocial via son API. Le problème, argumente Bernard Lunn dans Read Write Web, c’est qu’il n’existe pas encore de modèle économique pour l’une et l’autre voies ; et que Facebook, du fait de sa capitalisation surestimée, est coincé entre les deux.


Voir en ligne : Web 2.0 fails to produce cash

Messages

  • Une différence importante me semble-t-il à noter par rapport à 2000, les start-up, si elles sont plus nombreuses, ne fonctionnent pas de la même manière. Elles coûtent beaucoup moins cher qu’avant à produire, à construire, à entretenir. Je ne suis pas un spécialiste, mais il faudrait faire le ratio investissement dans les TIC et nombre d’entreprises, pour voir que celui-ci est certainement beaucoup plus faible qu’en 2000. Dit autrement, pour beaucoup, les rentabilités peuvent rester nulle. Car la façon de créer une société dans les TIC a changé.

    Sur la baisse de la pub en ligne, est-ce lié à la crise, est-ce conjoncturel et de courte durée ? En tout cas, on voit bien que la publicité en ligne demeure en-dessous de là où elle devrait être par rapport à l’exposition qu’elle permet d’atteindre. Problème de mentalité ? Problème de qualité de la mesure d’impact (ou de sa trop grande qualité, justement ?) ? Problème de structure lié à sa difficulté de mise en oeuvre par rapport au circuit traditionnel ? Je pense que les raisons de ses faiblesses sont certainement encore mal analysées, non ?

    Sur la question de savoir si le web 2.0 a besoin des industries culturelles ou des industries du monde réel pour faire des succès d’audience : oui, assurément. Malgré quelques succès, les contenus UGC ne font pas l’audience de YouTube : les émissions de télé, les reprises de productions dans d’autres formats que pour le web sont premières.

    Cela nous conduit bien au cul de sac que tu décris, mais qui n’est pas propre au web 2.0, mais au web tout court. Et on ne voit aucune raison pour que l’emballement du gratuit ne continue pas. On peut essayer soit de combattre, soit de faire avec et d’essayer de vivre avec cela.

    Voir en ligne : http://www.internetactu.net

    • @ Hubert

      sur la rentabilité des entreprises : je ne suis pas certain que les coûts soient si faibles que cela. Les plate-formes UGC demandent de solides infrastructures informatiques ; cf Twitter qui a le plus grand mal à gérer sa croissance. Par ailleurs, l’argent investi n’est pas exactement à but non lucratif. Les investissements sont quand même basés sur un espoir de retour, différé, certes, mais qui doit bien arriver à un moment ou à un autre.

      D’accord avec toi pour la pub et la faiblesse des analyses. Le problème à mon avis, et ça me conduit à ta dernière réflexion, commence à se poser sérieusement si la pub est la seule source de revenus viable.

      Pour ma part, j’essaie d’éviter de « gratuit » car c’est trop imprécis. Il y a quelque chose dont est certain, c’est le caractère incontournable du libre accès aux ressources. Partant de là, tous les modes de financements sont imaginables. et il faudra bien que ceux qui dégagent de très fortes rentabilités soutiennent tout l’écosystème, y compris en finançant les industries culturelles.

    • @Piotrr : Le lancement d’un service 2.0 est simple et nécessite peu de ressource. Son succès est parfois plus difficile à gérer, bien sûr.

      Voir en ligne : http://www.internetactu.net

  • Il y a là tous les signes d’un assainissement du marché bling bling. La fin de l’entropie.
    Et la perspective d’une vision plus réaliste des avancées des quatre dernières années.

    Remettre les pieds sur la terre et montrer la lune du doigt.

    Voir en ligne : Le sage montre la lune et ...

  • Les levées de fonds n’ont rien à envier à celle de la Bulle 1.0, les salaires des équipes n’ont pas vraiment fait autre chose qu’augmenter et les conditions d’un marché ayant de l’argent à injecter sont à leur top niveau depuis 2004.

    Côté revenus, on assiste, s’il faut séparer un Web 1.0 d’un Web 2.0, le succès du 1.0, j’ai nommé le e-commerce. Secteur d’activités payantes, économie réelle numérisée.

    Par contre tout le flan participatif rancit un peu en vitrine. Demain moi aussi je peux lancer un super service de repas offerts dans toute la capitale pour toute pub visionnées, avec quelques millions je tiendrais le temps d’être n° 1....
    Côté business, Google remporte toute la manne publicitaire et achète Youtube, lance Android et open Social uniquement pour bloquer ses adversaires.

     ;)

    Voir en ligne : http://www.dvda.fr