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La startup Obama

jeudi 5 juin 2008

A l’issue d’une campagne longue et mouvementée, il semble que ce soit Barack Obama qui soit en mesure d’être désigné candidat aux élections présidentielles par la convention du Parti Démocrate qui se déroulera en août.

Barak Obama est le candidat qui a réussi à mobiliser la plus importante somme d’argent, 250 millions de dollars, dans une élection primaire. Le mensuel The Atlantic publie dans son dernier numéro une enquête fouillée sur les méthodes, révolutionnaires, employées par le candidat pour lever ces fonds.

Alors qu’Hillary Clinton, du fait de son ancienneté sur la scène politique nationale a capté la plupart des gros contributeurs traditionnels du Parti Démocrate, Obama pour sa part est apparu comme le candidat de la Silicon Valley. Joshua Green, le correspondant de The Atlantic explique en effet que les entrepreneurs de l’économie numérique furent d’une part négligés par Clinton du fait de leur nouveauté et d’autre part séduits par un candidat leur ressemblant : jeune, neuf, plein d’idées et vecteur de changement ; en un mot : une startup.

Mais le soutien de la Silicon Valley n’a pas apporté que de l’argent à Obama ; il lui a aussi apporté une méthode révolutionnaire pour lever encore plus de fonds. Plutôt que de s’en remettre à un petit de nombre de gros contributeurs, toute la dynamique de son financement a en effet reposé sur la mobilisation par le bouche à oreille, le buzz, d’un bien plus grand nombre de contributeurs apportant chacun une somme plus limitée. Cette descente dans ce qu’on pourrait qualifier de « longue traîne » du financement politique, a reposé au final, sur la mobilisation de tous les types de réseaux sociaux appuyés sur les technologies de la communication.

Ainsi, le magazine en ligne ClickZ rapporte que le candidat démocrate a dépensé cette année plus de 3 millions de dollars en publicité en ligne, la majeure partie allant évidemment chez Google.

Longuement analysé par Joshua Green, le site de campagne d’Obama, http://my.barackobama.com/ se présente comme un hub multipliant les incitations à soutenir le candidat de toutes les manières possibles. Il constitue au final une sorte de boîte à outils permettant aux militants de propager la bonne parole et de recruter de nouveaux soutiens via leurs propres réseaux : par mail, sur leur blog ou dans leur profil sur Myspace, Facebook ou autre,

Une comparaison entre les deux candidats est parlante : en Février, le financement de la campagne d’Obama reposait à 94% sur des dons inférieurs à 200 dollars, alors qu’ils étaient 26% pour Clinton et 13% pour McCain. En mars, Obama pouvait compter sur 1,2 millions de contributeurs et près de 750000 bénévoles pour promouvoir son message, loin devant tous les autre candidats. Pour The Atlantic, Obama représente donc une nouvelle génération politique qui a su mobiliser les masses en réseau, alors que Clinton a fait la meilleure campagne possible, mais à l’ancienne.

Est-ce que ces changements importants au niveau des primaires annoncent une « présidence Internet » en cas de victoire démocrate ? C’est loin d’être sûr. Il est certain en revanche, et la présidence Bush en est un exemple presque caricatural, que la politique menée par le Président des Etats-Unis est liée pour une part non négligeable à ceux qui ont financé son élection. Le mouvement vers un mode plus populaire de financement des candidats ne peut donc être interprété que comme un bon signe pour la démocratie américaine.


Voir en ligne : The amazing money machine

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