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No Privacy sans frontières

jeudi 28 août 2008

Grande-Bretagne, Etats-Unis, France. L’actualité en matière de protection de la vie privée aura été particulièrement riche ces dernières semaines dans ces trois pays et donne finalement un bon aperçu de la variété des menaces qui pèsent sur elle aujourd’hui, en provenance à la fois d’acteurs privés et d’Etats sécuritaires.

Aux Etats-Unis, c’est encore une fois de Google que l’on parle et de son nouveau service Google street view qui photographie toutes les rues de certaines villes pour permettre aux internautes de s’y promener virtuellement. Mais il se trouve que les Etats-Unis connaissent depuis plusieurs années un mouvement grandissant de privatisation de l’espace public, remarquablement décrit par Jérémie Rifkin, aboutissant à la privatisation de quartiers entiers et parfois de petites villes, de telle sorte que les rues et routes elles-mêmes sont considérées juridiquement comme propriété privée. Manifestement, plusieurs photographes employés par Google ont outrepassé les limites de ces espaces suscitant la colère de leurs résidents. Un article publié dans Cnet fait état de plusieurs incidents en Californie notamment.

En France, c’est plutôt l’Etat sécuritaire qui fait parler de lui avec la création en catimini d’un nouveau fichier de police. Baptisé Edvige, ce fichier accompagne la réorganisation des services de renseignement français. Publié au début de l’été, le décret qui institue sa création a soulevé un concert de protestation. Il permet en effet aux services de police de ficher tous « individus, groupes, organisations et personnes morales qui, en raison de leur activité individuelle ou collective, sont susceptibles de porter atteinte à l’ordre public ». C’est évidemment sur ce dernier terme très flou que portent la plupart des critiques. D’autant qu’on apprend que les enfants aussi, à partir de l’âge de 13 ans, pourront y être inscrits. Consultée par le gouvernement, parce que c’est obligatoire, la CNIL a émis de nombreuses réserves dont plusieurs n’ont pas été retenues=569&cHash=2e101fe0ec]. Aujourd’hui, plusieurs organisations politiques, comme le Parti Socialiste et associative comme le réseau IRIS demandent le retrait de ce décret.

Du côté des acteurs privés, des entreprises donc, la situation n’est pas non plus très reluisante, indique une enquête publiée par CFO-news. Portant sur les relations entre les entreprises et la loi Informatique et Libertés, elle montre que si la plupart d’entre elles semblent bien informées de la réglementation spécifique relative au traitement des données personnelles, elles éprouvent beaucoup de difficultés à la mettre en pratique. Peu au fait des outils de suivi et de gestion leur permettant de gérer efficacement leurs déclarations, elles utilisent très peu le dispositif des correspondants Informatique et Libertés.

Mais c’est sans doute la Grande-Bretagne qui remporte la palme cette semaine en matière d’atteintes à la vie privée. Ce pays est engagée, on le sait, dans une très mauvaise voie sur ce plan avec le développement d’une société de surveillance généralisée dont il n’y a pas de meilleur symbole que les milliers de caméras vidéos qui couvrent son territoire. Un photographe amateur a d’ailleurs fait l’expérience récemment du caractère asymétrique de la transparence qui y règne. Prenant en effet par inadvertance dans son objectif une voiture banalisée de la police, il s’est vu arrêté et molesté pour avoir photographié ce qu’il ne devait pas. Plus grave, on apprenait récemment que le Ministère de l’Intérieur britannique avait perdu les données personnelles de plus de 84000 détenus, venant couronner une longue série de pertes et de vols par différentes administrations dont Le Monde fait le bilan. La raison principale de ces défaillances à répétition, explique Le Monde, vient en grande partie du recours par les administrations à la sous-traitance auprès d’entreprises privées. Bel exemple d’une situation où Etat sécuritaire et entreprises privées se donnent la main pour mettre à mal les droits les plus élémentaires des citoyens.


Voir en ligne : A Londres, vols et disparitions en série

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