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E-éducation : gadget ou révolution pédagogique ?

jeudi 1er février 2001, par Pierre Mounier

Le
dernier salon de l’éducation qui a fermé ses portes le 26 novembre
fut cette année résolument placé sous le signe des nouvelles technologies.
Le Ministère de l’éducation nationale y a dévoilé ses initiatives
pour intégrer durablement l’usage de l’ordinateur à l’école, tandis
que certains éditeurs comme Havas Interactive tenaient la vedette
avec le cartable électronique ou leurs projets multimédia.

Cette
orientation reflète bien les tendances de l’année en matière d’ "e-éducation
" pour reprendre l’expression officielle, où l’on a pu relever
un véritable saut qualitatif dans le domaine des TIC appliquées à
l’enseignement ; et au premier chef dans la politique du gouvernement
 : il ne s’agit plus seulement d’initier tous les enfants à l’informatique,
mais d’utiliser celle-ci comme outil pédagogique permettant une transmission
plus efficace des savoirs.

Et
c’est là que le bât blesse car si les objectifs purement quantitatifs
de connexion de tous les établissements scolaires sont en passe d’être
réalisés, l’utilisation effective de l’informatique dans les pratiques
pédagogiques est loin d’être généralisée. D’abord par un manque évident
de formation des personnels - et de ce point de vue, on peut se demander
si le ministère ne compte pas sur les nombreux départs à la retraite
des années prochaines pour se passer de programmes de formations coûteux
à mettre en place. Mais aussi parce que la structure de la relation
pédagogique est extrêmement difficile à faire évoluer. Et ce n’est
pas l’adresse e-mail fournie " gracieusement " par La Poste
à tous les élèves de France qui y changera quelque chose.

Pourtant,
il y a manifestement urgence. Car si l’Education Nationale se lance
avec autant de précipitation sur le secteur après tant d’années d’apathie,
c’est qu’un " marché " de l’éducation est en train de se
constituer à grande vitesse, marché que comptent bien dominer les
poids lourds américains de l’e-learning. Pour l’instant cantonnée
à la formation professionnelle, l’offre privée d’enseignement à distance
est en train de s’étendre à l’enseignement supérieur, et pourquoi
pas, dans un deuxième temps, à celui des plus jeunes. Autrement dit,
l’éducation qui restait jusqu’à présent un sanctuaire de " l’exception
culturelle " risque bien dans les prochaines années de connaître
un effet mondialisation reposant sur les technologies d’enseignement
à distance. Déjà, plusieurs universités américaines des plus prestigieuses
proposent des modules de formation et de certification des connaissances.

C’est
précisément ce qui fait débat en France où le secteur éducatif est
très loin de se considérer comme un marché concurrentiel. Déjà plusieurs
enseignants dénoncent l’e-éducation comme une forme de marchandisation
des savoirs, en particulier parce que le Ministère sous-traite la
réalisation de produits pédagogiques à des éditeurs privés. Derrière
une mutation technologique se cache donc bien un débat de société
dont les implications sont avant tout politiques : l’école, pilier
de la République où sont transmises autant des valeurs que des connaissances
est aujourd’hui malade des multiples rôles qu’on lui assigne. Le défi
technologique qu’elle doit maintenant relever provoquera peut-être
la clarification et le débat dont elle a besoin.