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La vague Internet retombe. A qui la faute ?

mardi 6 novembre 2001, par Pierre Mounier

Le petit monde de la nouvelle économie n’avait pas besoin de cela : les principaux indicateurs sur l’usage du réseau et son ouverture au grand public sont au rouge, que ce soit en Europe ou aux Etats-Unis. En France, la proportion d’individus qui comptent se connecter dans l’année est tombée à 6%, indiquait encore récemment un rapport du Ministère de l’Industrie. Pas de doute, la vague des nouvelles technologies est en train de retomber, et celles-ci sont en train de rater leur rendez-vous avec le public. Pourquoi ? Sans doute parce qu’elles n’ont pas su être porteuses de nouveaux usages, contrairement à d’autres innovations technologiques qui lui sont contemporaines. Plus globalement, les technologies liées à Internet n’ont pas su jusqu’à présent s’adapter aux exigences du public en matière de confort d’utilisation, et ne se sont pas jusqu’à présent adaptées dans notre civilisation du loisir.

Les acteurs français du réseau se déchirent sur les causes d’un tel retournement de tendance et s’accusent mutuellement d’en être responsables. C’est de bonne guerre. Leurs arguments, bien franco-français négligent pourtant magistralement la dimension internationale de la crise que traverse l’Internet grand public et qui tient sans doute à d’autres raisons. Alors, la faute à qui ?

Aux éditeurs de contenu ? Sans doute pas. Le web qui n’existe que depuis dix ans s’est considérablement enrichi depuis ses débuts. On y trouve aujourd’hui des informations et services de qualité sur tous les sujets possibles. La présentation de l’information a elle-même fait d’énormes progrès et la plupart des sites web, y compris personnels sont très agréables à lire, mélangeant, astucieusement pour certains d’entre eux, images, sons et textes. Surtout, on y trouve des informations dont on ne dispose nulle part ailleurs, toujours diverse et renouvelée, ce qui n’est pas un mince avantage dans des sociétés perpétuellement en quête de nouveauté.

La faute aux concepteurs de logiciels ? Vieil argument, repris encore récemment par Le Monde qui qualifie d’"obscur" le fonctionnement d’un ordinateur. Difficile pourtant de leur jeter la pierre. Ces dernières années ont vu une explosion des formats permettant de diffuser sons et vidéos. L’ergonomie des logiciels liés à Internet est aujourd’hui quasiment parfaite et ne requiert plus de paramétrage compliqué, y compris pour le mail et les forums, désormais accessibles via un navigateur web. Compliqué à utiliser un ordinateur ? pas plus qu’une voiture ou un téléphone portable, deux inventions dont on connaît le succès.

La faute aux fournisseurs d’accès ? Ce n’est pas faute d’avoir tenté d’attirer de nouveaux clients pourtant, à coup de forfaits d’ailleurs non rentables et finalement pas si chers que cela, comparés au coût mensuel d’autres services. En France, l’opérateur national est régulièrement pointé du doigt, à raison, pour les tarifs déloyaux d’interconnexion qu’il facture à ses concurrents, bien obligés de passer par lui pour accéder à l’utilisateur. Mais c’est oublier que d’une part, la France n’est pas le pays le plus cher pour l’utilisateur final, et que, encore une fois, la crise dépasse ses frontières.

Alors, à qui la faute, sinon au pc lui-même qui reste l’interface obligée depuis vingt ans pour accéder au réseau ? On a déjà eu l’occasion de le dire il y a quelques temps : le pc est inadapté à un usage familial et de loisir du réseau. Pour regarder la télévision, pour lire un bon livre ou pour feuilleter le journal ou un magazine, vous vous installez devant un bureau, vous ? Pour ma part, j’ai toujours privilégié le canapé, comme tout le monde. Et pour surfer sur le web, lire son courrier électronique, discuter avec des amis, regarder une video ou écouter du mp3, pourquoi voudrait-on que les gens se mettent ne serait-ce que dans une posture physique qui est celle du travail ? C’est pourtant la seule chose qu’on leur propose actuellement et s’il faut s’étonner de quelque chose dans ces conditions c’est bien plutôt qu’il y ait tant de monde à supporter ce régime.

Le pc est mort, vive les tablettes graphiques ! Cela fait des années que l’on annonce régulièrement la diffusion massive d’objets communicants permettant de se passer de l’interface pc, conçue dans le cadre d’une utilisation bureautique. Malheureusement, les essais de promotion commerciale d’interfaces alternatives, comme les fameux webpads ont jusqu’à présent été des échec. Après 3com avec son système Audrey, ce fut au tour de Sony d’annoncer récemment qu’il mettait fin à la commercialisation de son e-Villa]. Du coup, les concurrents, comme Siemens avec son Simpad se sont réorientés sur le créneau professionnel, on se demande pour quel usage. Car, autant le pc est adapté à une utilisation professionnelle, autant un webpad, aussi sophistiqué soit-il, présente peu d’intérêt en dehors d’un salon. Erreur de casting donc, qui amène les fabricants de hardware à proposer des objets inadaptés à leurs segments de marché. A leur décharge, on relèvera tout de même que les technologies utilisées par ces petits bijoux sont toutes nouvelles et encore très chères, qu’il s’agisse de l’écran plat de type TFT ou de la communication sans fil à haut débit Wi-Fi, qui permet seule de surfer librement sans fil à la patte.

Car c’est bien le prix qui constitue le principal obstacle à la diffusion massive d’interfaces matérielles permettant d’accéder au réseau dans le cadre d’une utilisation de loisir. Vendus entre 5000 et 10000 francs, les webpads coûtent aussi chers voire plus qu’un ordinateur de bureau qui a l’avantage d’être polyvalent. Le prix des éléments qui les composent baisse continuellement et il serait logique que les constructeurs fassent un effort pour proposer des produits plus accessibles financièrement. Cela ne semble pourtant pas le cas, si l’on en croit les dernières machines présentées. Le jeu en vaudrait pourtant la chandelle.

Une comparaison s’impose : en France, et plus largement en Europe, la dernière décennie a vu une explosion du marché du téléphone portable, désormais plus important que le filaire. Il est clair que le facteur essentiel ayant permis un tel développement fut le succès des « packs » permettant aux consommateurs de se procurer sans mise de départ des appareils dont le coût réel avoisinait les mille francs et parfois plus. Il est probable que sans ce système de crédit déguisé mis en place par les opérateurs, nombre de clients aurait hésité devant la somme à dépenser. Cette expérience est une source d’enseignement pour l’accès à Internet où rien d’équivalent n’a été proposé. En revanche, lorsque des grosses entreprises ont proposé à leurs salariés des formules finalement voisines, telle celle mise en place par Vivendi, portant sur l’acquisition d’un ordinateur de bureau pourtant, celles-ci ont suscité un énorme intérêt. Imaginons maintenant un fournisseur d’accès qui se comporterait comme un opérateur de téléphone mobile ; qui vendrait des packs à un franc fournissant un webpad, mettons le futur AquaPad, relativement peu cher comparé à ses concurrents, et vingt heures mensuelles de connexion pour environ 200 francs par mois, avec un engagement sur deux ans. Peut-être aurait-il plus d’atouts que les autres pour attirer un plus large public. C’est en tous cas ce que vient de parier le fournisseur d’accès américain Prodigy qui présentera prochainement aux Etats-Unis une offre à peu près similaire

Messages

  • je pense que votfre analyse initiale est trés bonne mais que votre logique sur le PC a des bons points mais qu’elle n’est pas la bonne. Le but d’un réseau est de connecter des gens En direct et c’est les télécom (80% du traffic est l’e-mail), en indirect est c’est le contenu.

    Or le Web a permi de connecter des gens et du contenu distant, tandisque notre vie est à 80% proche.

    On voit donc que l’internet répond à 4% du besoin réel.

    Avec le projet Webs de France/Webs of the World, j’explore la connection de proximité. Non pas trouver des gens su le web à qui parler par mail, mais parler face à face. Non pas des info inconnue, mais des info indentifiées et immédiatement utiles. ex. heure d’ouverture du magasin au bout de ma rue.

    Pour info essayer http://92000.com si c’est votre code postal (il y en a 1000 la trés grande majorité en .com). Il y en aura 6600 en « .wfr » (pour accèder : http://0860330205.com)

    Cordialement

    Voir en ligne : http://78000.com